La scission : séparation de St Jean de Boiseau / La Montagne

Saint Jean de Boiseau, commune rurale, s’étendait jusqu’au milieu du XIX° siècle de Bouguenais au Pellerin. A la fin du XVIII°, le ministre de la Marine décida de créer juste à côté (à Indret) une fonderie royale de canons. Cette dernière sera transformée à partir de 1828 en manufacture royale de machines à vapeur. La venue d’ouvriers en ces lieux qui se regroupèrent géographiquement dans une zone non habitée pour y former un nouveau village provoqua une telle tension qu’en 1877, les autorités départementales durent créer une nouvelle commune à la demande des Boiséens.


Déjà, lors de la Révolution ...

L’esprit frondeur des Boiséens

Dans un rapport daté de 1793, le commissaire Saint, chargé d’administrer le canton écrivait : « Les habitants de Boiseau (il faut comprendre Saint Jean de Boiseau) conservent l’indépendance qu’ils avaient avant la Révolution : ils n’obéissent à aucune loi qui contrarie leur volonté ou leur intérêt. Ils sont tous laborieux, aisés, mais aussi bien mutins. Je vous préviens qu’il y a dans cette commune deux partis bien prononcés et toujours en rivalité : l’un comprend le haut de la commune, composé des villages de Boiseau, la Briandière et de Roche-Ballue ; l’autre la partie inférieure : le bourg, les villages de la Télindière et du Surchaud. Ces partis se contrarient et s’insultent. Le motif est que le village de Boiseau, plus considérable que le bourg, veut avoir la suprématie et avoir l’administration municipale de la commune. Le premier reproche à l’autre, qui est limitrophe du Pellerin, d’avoir pris quelque part au brigandage et de ne pas le seconder lorsqu’il veut résister à l’exécution des lois. Je crains que cette mésintelligence ne produise quelque suite fâcheuse.

En conséquence de ces deux partis, j’engage l’administration municipale à choisir pour agent et adjoints municipaux un membre de chaque parti et éviter tout sujet de jalousie ».Quelle prémonition lorsqu’il écrivait redouter quelque « suite fâcheuse » ! ...

Les premiers signes tangibles

D’abord une paroisse distincte ...

C’est le prêtre de St Jean, le curé Nouël, qui donna le premier signal. Il apprécie les habitants de St Jean qui le suivent bien alors que ceux de La Montagne qu’il taxe « d’irreligion » et envers qui il doit « se montrer indulgent envers cette population qui n’est point indigène » se montrent très rétifs. Il leur reproche de ne pas envoyer suffisamment leurs enfants au catéchisme et de ne suivre que fort peu les offices religieux. Devant l’extension phénoménale de ce nouveau village (inexistant dans les années 1820, et regroupant davantage d’habitants que tout le reste de la commune en 1877), il préconisera la création d’une nouvelle paroisse dès le début des années 1860 et parviendra à cette érection en chargeant ... son vicaire de la réaliser. Ce dernier, J.M. Chauvin, fera preuve d’un prosélytisme à toute épreuve et se dépensera sans compter. Il réussira dans sa mission et sera le premier prêtre à officier dans cette nouvelle paroisse en 1868 alors même que l’édifice n’était pas terminé puisque « lorsqu’il faisait mauvais temps, il fallait ouvrir des parapluies dans l’église ». Il fallut, en effet, attendre encore deux ans pour que voûte et toiture soient réalisées. ... Ensuite, pourquoi pas une nouvelle commune ?

Quelques temps avant la création de la nouvelle paroisse, Nouël fait rédiger une pétition qu’il fait circuler sur la commune et sur laquelle on trouve les propos suivants : « Vous comprendrez sans peine, Monsieur le Préfet, que la rivalité et l’opposition augmenteront encore dès que ces deux populations si diverses ne formeront plus la même famille religieuse, et auront leur église à part. On peut craindre pour l’avenir, des conflits fréquents et regrettables dans les rapports des citoyens entre eux si l’on érige une paroisse à La Montagne sans y établir une commune ».

L’idée est lancée, il lui faudra un petit peu moins de dix ans pour aboutir. Mais que de conflits elle va générer, tant pour sa réalisation que pour les partages des biens qui devront s’ensuivre.

Quelques étapes-clés de cette création

Le manoir du Fresne, une des particularités montagnardes

C’est en Février 1875 que le Conseil municipal de St Jean de Boiseau sera amené à délibérer sur la demande d’« un grand nombre d’habitants de la commune » pour créer la nouvelle entité administrative. Curieusement, cette demande fera l’unanimité au sein des élus. C’est dire l’état de tension qui existait à cette époque, tension qui fut telle que de 1870 à 1874 il n’y eut pas moins de ... 4 élections municipales suite aux nombreuses démissions au sein du conseil.

* De février jusqu’en juillet, 7 pétitions circuleront sur la commune, les passions se déchaînèrent alors avec une violence inouïe qui se répercuta à tous les niveaux.

* Tous les organismes donnèrent ensuite leur avis, certains même évoluant du tout au tout en fonction des données du moment. Ainsi si les élus locaux se prononcèrent, Conseil Général, Sous-Préfet, Préfet, Députés, Assemblée Nationale, Président du Conseil et même Mac-Mahon (président de la République) y allèrent chacun de leur littérature (Mac-Mahon se contentant de signer le décret (du 2 Juin 1877) qui instituait l’érection de La Montagne en commune indépendante.

* Parmi toutes ces institutions, une commission chargée de représenter les intérêts montagnards réclama l’annexion de plusieurs villages à son profit et, prétextant que la cause de toutes ces luttes intestines était due à la création de l’établissement d’Indret, exigea également l’adjonction de cet établissement (qui dépendait d’une tierce commune sise de l’autre côté de la Loire) « et pour réussir ils demandent à être distraits de l’arrondissement de Paimboeuf pour être adjoints à celui de Nantes ». On ne recule devant rien.

Ouf, ça y est :

... Oui, mais

On aurait pu croire que les passions allaient s’apaiser. Ce serait mal connaître nos ancêtres.

Ce sera le percepteur qui remettra le feu aux poudres deux mois seulement après la séparation. Effectivement, il n’a reçu aucune directive sur la manière d’arrêter les comptes de l’ancienne municipalité boiséenne qui se trouve amputée en plein milieu d’année de la moitié de son territoire. Le sous-préfet se gardera bien de prendre position à ce sujet et demandera des consignes à son supérieur. Ce sera assez facile à résoudre, mais quelques jours plus tard, le Conseil montagnard délibère et « Monsieur le Maire (Jean Violin, ancien maire de St Jean) pense qu’il ne serait pas facile de s’entendre à l’amiable avec le Conseil municipal de Saint Jean de Boiseau et qu’il serait préférable que des experts fussent nommés à cet effet (partage des biens), ce qui éviterait toute contestation ».

A partir de ce moment, les atermoiements ne cessèrent de proliférer des deux bords. Il faudra attendre encore deux ans et demi pour qu’une solution soit trouvée. Tous les prétextes seront bons, y compris la manière forte (refus de laisser entrer des élus montagnards en cours de réunion à St Jean) pour essayer de tirer son épingle du jeu et de perdre le moins possible dans cette opération de partage. C’est un avocat nantais, Le Meignen, qui put permettre à la situation de se débloquer. Il était grand temps car les responsables départementaux avaient commencé à se poser la question : Oui ou non, a-t-on bien fait de créer une nouvelle commune ? C’est vraisemblablement cette menace qui fit que chacun finit par céder un peu de terrain. Personne ne voulait revenir à l’ancienne situation.