La Loire, des origines à nos jours


La Loire a-t-elle toujours coulé dans son lit actuel ? Où se trouvait le rivage maritime dans des temps très reculés ? Quels moyens de navigation du néolithique a-t-on retrouvé ? La Loire a-t-elle toujours connu son problème d’envasement. Enquête sur un fleuve.


Évolution du lit du fleuve :

Depuis l’ère primaire, il y a de cela 300 à 400 millions d’années, de multiples plissements ont créé des chaînes de montagnes dans nos régions : l’érosion les a usées, d’autres ont ressurgi pour être érodées à leur tour. Des effondrements de terrains liés à de brusques montées des eaux ont donné des mers plus ou moins profondes qui se sont asséchées, sont revenues avant de disparaître de nouveau.

Il a fallu attendre le début de l’ère quaternaire, il y a deux millions d’années pour que la Loire, qui jusque là coulait vers le nord, soit orientée vers l’ouest par des basculements de terrain. Elle prit possession des anciens golfes asséchés du Miocène (20 millions d’années) et du Pliocène (7 millions d’années). Elle coule alors vers l’Atlantique. Déjà creusée dans son état actuel à peu de chose près, dès le Pliocène, la gouttière rocheuse de la Loire a été déblayée et remblayée de nombreuses fois au cours de régressions dues à l’alternance des périodes glaciaires et des réchauffements.

Les nombreux sondages effectués dans l’estuaire donnent comme profondeur du fond rocheux - 27 m à Nantes, - 37 m au Pellerin, - 50 à Mindin. Ceci à la fin des époques glaciaires (entre - 15 000 et - 10 000 ans). La pente étant forte, la mer plus basse, le courant était très rapide et là où se trouvaient des obstacles (entre Couëron et St Jean de Boiseau, entre Haute-Indre et Roche-Ballue) de véritables cataractes devaient s’abattre.

A cette époque, le rivage de la mer se situait à 120 km de St Nazaire. Les cartes des fonds marins montrent le lit du fleuve sur le plateau continental entre la Banche et le Pilier. La Vilaine rejoignait la Loire dans un même estuaire. Il est évident que pour rejoindre le fleuve, les affluents devaient aussi creuser leur lit dans la roche. A St Jean de Boiseau, les ruisseaux du bois des Fous, du Vieux Four et du Surchaud sont dans cette configuration. Vers - 10 000 ans un réchauffement définitif occasionne la fonte des glaces, le niveau de l’Atlantique remonte, la Loire se calme et s’étale. Son lit se déplace du Nord au Sud et vice-versa, entre les coteaux allant du Pellerin aux Couëts et de Couëron à Nantes. Petit à petit on en arrive au lit actuel.

L’homme est présent dans notre région depuis le Paléolithique (-150 000 ans) la présence de la Loire a grandement favorisé son implantation : la pêche et la chasse étant sources de nourriture. Plus tard au Néolithique (- 5 000 ans) de nombreuses communautés s’installèrent en bordure de l’estuaire. Avec un passé aussi riche, le fleuve nous a livré de nombreux témoignages des anciennes civilisations. Les dragages permettent de retrouver des outils de pierre taillée (bifaces paléolithiques), des haches polies néolithiques, des grattoirs, des outils en bois de cerf, des armes de l’âge du bronze (- 800), ainsi que des armes Viking (épées, masses d’arme) sans compter les nombreuses poteries et objets gallo-romains.

Ont été découvertes aussi des pirogues xiloïdes, des épaves de bateau de pêche et de commerce anciens. En effet depuis que l’homme a pu maîtriser la construction de bateaux, une intense activité commerciale et vivrière (pêche) s’est développée. Certains historiens prétendent que pendant la guerre des Gaules, la flotte de César qui battit les Vénètes dans le golfe du Morbihan, fut construite par les Pictons, tribu gauloise qui occupait notre région. Les Vikings profitant de l’estuaire pénétrèrent dans Nantes qu’ils mirent à sac avant de s’établir dans l’île de Biesse située entre Nantes et Trentemoult. Le Duc Alain BARBETORTE les en chassa définitivement en 937.

A partir du XVII° siècle, l’ensablement posa problème. Les bateaux devaient relâcher à Paimboeuf faute de fonds suffisants. Le transport s’effectuait par gabarres jusqu’à Nantes. En été les échouages étaient nombreux et c’était une véritable galère pour s’en sortir L’hiver, c’étaient les crues qui posaient problème d’autant plus que la Loire prédisposait par sa configuration à ce genre de catastrophes. En 1976, on décida de supprimer les seuils rocheux qui limitaient en profondeur l’accès au port de Nantes. On commença par le seuil de Haute-Indre, puis celui des Côteaux au Pellerin, enfin le bras du Migron fut comblé. Une fois le travail accompli, on s’aperçut vite que c’était une erreur profonde. Les seuils servaient de décanteur pour les vases et le sable, le comblement du bras du Migron modifia les courants et contribua à l’envasement. Depuis, rien n’empêche le bouchon vaseux d’aller et venir dans l’estuaire de St Nazaire à Nantes, la vase se dépose sur les prairies, bouche les étiers et asphyxie les poissons en été. Espérons que cela servira de leçon et que les générations futures sauront mieux préserver que nous le patrimoine fluvial qui nous a été légué par nos ancêtres.

Un grand nombre de pirogues xiloïdes ont été découvertes dans l’ancien estuaire de la Loire, depuis Ancenis jusqu’au Brivet qui alimentait la Brière. On note deux pirogues trouvées à Basse-Indre en 1885, l’une en chêne de 4,80 m de long et l’autre est un fragment de l’avant d’une embarcation également en chêne d’une longueur de 3,51 m. Elles n’ont pas été datées vu leur fond plat, elles remonteraient au Haut Moyen-Age.

Oudon : Une pirogue du X° siècle découverte sur les berges de la Loire Une pirogue quasi-intacte, datant du X° siècle, a été découverte par un promeneur, lundi dernier sur les rives de la Loire-près d’Oudon. Elle était recouverte par une faible épaisseur de vase. Cette pirogue dite " monoxyle " (taillée dans un seul tronc de chêne) mesure six mètres de long pour 26 cm de haut. Elément caractéristique : son fond plat d’une épaisseur de 10 cm. " Les pirogues gauloises avaient des fonds arrondis ", explique Loïc Menanteau, chercheur au CNRS, " par contre les pirogues du haut Moyen-Age étaient dotées d’un épais fond plat. Elles servaient souvent au transport de marchandises ou d’hommes, elles avaient une charge utile d’environ 800 kg. Cette pirogue a dû arriver à Oudon lors de la dernière crue de la Loire en décembre dernier ".

Article de Ouest-France du 15 février 1993 :

Une pirogue du X° siècle découverte sur les berges de la Loire :

Une pirogue quasi-intacte, datant du X° siècle, a été découverte par un promeneur, lundi dernier sur les rives de la Loire-près d’Oudon. Elle était recouverte par une faible épaisseur de vase. Cette pirogue dite " monoxyle " (taillée dans un seul tronc de chêne) mesure six mètres de long pour 26 cm de haut. Élément caractéristique : son fond plat d’une épaisseur de 10 cm. « Les pirogues gauloises avaient des fonds arrondis », explique Loïc Menanteau, chercheur au CNRS, « par contre les pirogues du haut Moyen-Age étaient dotées d’un épais fond plat. Elles servaient souvent au transport de marchandises ou d’hommes, elles avaient une charge utile d’environ 800 kg. Cette pirogue a dû arriver à Oudon lors de la dernière crue de la Loire en décembre dernier ».