Assèchement du lac de Grand Lieu


Peu après la fin de la seconde guerre mondiale resurgit un vieux projet qui consistait à assécher le lac de Grand-Lieu. Cette opération avait pour motif, la récupération de terres qui pourraient devenir agricoles et l’exploitation de la tourbe comme combustible en cette période de pénurie. Cette transformation radicale du paysage pouvait être possible moyennant le creusement d’un canal qui rejoindrait la Loire à ... Indret en passant sur le territoire de Saint Jean de Boiseau ...


Un projet parmi d’autres :

Au début des années 1947, un vieux projet ressurgit des cartons. Celui de l’assèchement du lac de Grand Lieu. Depuis longtemps, les intérêts divergents entre les exploitants agricoles et les pêcheurs, alimentent les gazettes et opposent les riverains de cette vaste étendue d’eau. Profitant de la pénurie de combustible en France, après la fin de la guerre, des spéculateurs locaux vont s’engouffrer dans les perspectives d’augmenter leur fortune personnelle en exploitant la tourbe et les terrains agricoles.

L’un de ces projets impactait sérieusement l’aspect de la commune de Saint Jean de Boiseau. Voici ce que rapportait L’Avenir de l’Ouest du 14 mai 1947. « Nous avons réussi à nous procurer un document émanant d’organismes intéressés à la mise à sec du lac. Nous sommes heureux de pouvoir en donner la priorité à nos lecteurs. Nous remarquons que partant de la nécessité de la recherche de la tourbe comme combustible, le rapport arrive à étudier la possibilité de la culture du camélia et du mimosa en pleine terre. Or, si nous sommes bien renseignés, la région du lac est très éventée et le mimosa, en pleine terre, y gèlerait presque chaque hiver. Par ailleurs, ce sont là des cultures présentant actuellement un si faible intérêt qu’elles soient de nature à entraîner les frais considérables de la mise à sec du lac ».

La pénurie de charbon, en France, a conduit dans les années récentes à entreprendre une exploitation rationnelle des vastes terrains de tourbière répartis sur notre territoire. 45 000 hectares ont ainsi été prospectés, mais sont encore inexploités pour la plupart. En fait, l’emploi de la tourbe comme combustible, pondéreux et de médiocre qualité, reste limité.

D’autres utilisations sont possibles : litière pour les animaux, conditionnement des fruits frais pour leur conservation et leur expédition, matériaux de construction (même briques à base de tourbe). Surtout la mise en culture des terrains tourbeux peut-être d’un grand rapport. L’exemple de plusieurs pays étrangers est décisif à cet égard. La Hollande a spécialement su tirer de ses polders aménagés sur terrains tourbeux, une véritable richesse.

Aménagés selon des méthodes modernes, les terrains tourbeux se prêtent à une exploitation des cultures telles que plantes maraîchères et fleurs ou à l’établissement de pâturages prospères. L’Etat s’est vivement intéressé à ce dossier et plusieurs cas d’applications sont actuellement en cours dans le bordelais et dans l’Eure. Pour ce qui est de l’aménagement du lac, les projets prévoient la création d’un syndicat des propriétaires des terrains, dont la majorité appartiennent au marquis de Juigné. Ils donneraient mandat à la S A M T (Société d’Assainissement des Marais Tourbière) sous l’égide d’experts, M. Flichy et Keneut, initiateurs en ce domaine des Ateliers Neyret- Beylier et Picard-Pictet, de la société C. Clause et de la société de l’Aménagement Urbain. Le projet déposé par cette société nous dit ceci : « La région de Grand-Lieu ( Loire-Inférieure) à proximité semble particulièrement propice à un aménagement agricole. Elle est abritée des vents et jouit d’un climat doux et pluvieux. Le mimosas et le camélia y poussent en pleine terre. La nature tourbeuse de son sol a été particulièrement reconnue avec certitude. Et son aménagement hydraulique est possible. Diverses solutions se présentent pour assurer l’évacuation des eaux en surplus. Il s’agit d’un ensemble de terrains de 3000 hectares environ, formant pour la majeure partie le domaine de la famille de Juigné. Les pourparlers menés jusqu’ici permettent d’envisager la vente des terrains sur la base de 10000 francs l’hectare. Plus une somme d’environ 3000 francs pour les frais d’études et de prospection. L’ensemble de ces travaux s’étaleraient sur 3 à 4 ans ».

Parmi l’un de ces projets il n’est prévu que l’assèchement de la moitié du lac par la construction d’une digue orientée Sud-Nord qui laisserait en eau la partie Est du lac. Chacun de ces projets est lié à l’évacuation de l’eau à travers un canal qui passerait le long de Bouaye pour déboucher à l’étier de Boiseau, pour ensuite venir se jeter dans la Loire devant ce village.

Ce projet nécessitait un pont au Chat qui Guette. Le creusement de ce canal reprenait pour la commune de Saint Jean de Boiseau l’ancien tracé du projet du Marquis de Brie Serrant pour relier la Loire avec Pornic. Le financement serait subventionné par les pouvoirs publics à hauteur de 60% des prospections, les propriétaires et la caisse nationale du crédit agricole. Un remembrement général des propriétés, tant pour celles mises en culture que celles laissées en eaux aurait été réalisé suivant l’apport originaire en terre et en capitaux de chacun d’eux.

On comprend très vite que le principal bénéficiaire de cette opération était M de Juigné. Notre commune, quant à elle, aurait vu couper par une profonde faille de 20 à 25 mètres de profondeur pour permettre l’écoulement des eaux du Lac son coteau du Chat qui Guette, en passant par le bois des Fous et la Fenêtre ainsi que la route de Nantes-Paimboeuf.