Souvenirs de la Garenne-Lemot

La Garenne-Lemot en Clisson a abrité, il y a plus d’un demi-siècle, un " Joyeux Nid " qui hébergea de 60 à 80 enfants de familles en difficulté placés là par les services sociaux de l’époque. Or aucun guide ne semble mentionner ce passé relativement récent. Souvenirs d’une Boiséenne en visite dans ce lieu et qui fut une ancienne monitrice pour ces enfants qui démarraient leur vie dans des conditions difficiles.


Souvenirs des années 1950-1960 :

En 2001, lors de son voyage annuel qui se déroula à Clisson, une de nos adhérentes, Pierrette Martin se remémora certains souvenirs en visitant la Garenne-Lemot. Forte des ses documents personnels, elle découvrit qu’aucun guide ne mentionnait une période pas si lointaine de cette belle demeure. Voici le récit qu’elle nous a confié :

« La Garenne Lemot n’a pas toujours été le site touristique que le guide nous a fait découvrir. Dans les années 1950-1960, il était la propriété de M. le baron Bordeaux-Montrieux. Sans doute pour des raisons financières, il transforma une partie de son bien en maison d’enfants au joli nom du " Joyeux NID ".

Ainsi entre 60 et 80 enfants issus de familles en difficultés ou à problèmes se trouvèrent placés par la DASS dans la belle demeure clissonnaise. Une directrice au style " noble dame " membre de la Croix-Rouge gérait la maison et ce petit monde. J’étais, avec six autres jeunes filles, la gardienne d’un petit groupe de ces enfants. C’était ma profession.

La vie de château ne l’était qu’en apparence. Malgré la beauté de l’habitation avec ses belles peintures et sculptures, plus nombreuses qu’aujourd’hui, les conditions de travail étaient pénibles. Nous vivions 24h sur 24 (jour et nuit) sans un seul jour de congé, avec notre petit groupe de 10 à 15 enfants chacune. Les enfants des deux sexes étaient âgés entre 3 et 10 ans. Les groupes étaient mixtes jusqu’à l’âge de 4 ans. Enlevés à leur famille, fréquemment déplacés d’un centre à un autre, ces pauvres enfants étaient très perturbés.

Si dans la journée leur jeunesse, l’insouciance leur faisait oublier leur situation, la nuit, dans leur petit lit blanc, de gros sanglots troublaient le silence des dortoirs. Comme nous dormions avec eux, nous étions souvent debout pour les bercer et les consoler de leurs cauchemars. Malgré ces nuits souvent écourtées, nous n’avions qu’une heure dans la journée pour nous reposer.

Notre distraction consistait à parcourir le parc et ses recoins que nous connaissions par cœur. Tout était comme maintenant. Pour varier du quotidien nous alternions les promenades avec la lecture et l’écriture. Nous étions, toutes, un peu poètes. Les jours s’écoulaient monotones et le personnel changeait souvent.

J’ai le souvenir de tristes Noël avec ces gamins, tous habillés d’une même tenue bleu foncé, qui ne recevaient aucune visite. Le grand sapin était placé dans le hall d’entrée, près de l’escalier, mais il n’y avait pas de cadeau ou si peu… Pendant que nous assurions les tâches quotidiennes, notre grand patron, M. le baron et Mme notre directrice, roucoulaient dans leurs appartements privés de l’aile gauche du château, sans doute inspirés par "Héloïse et Abélard ", surnoms que nous leur avions donnés. Mais ceci est une autre histoire…

La " maison du jardinier " s’appelait le Lazaret et accueillait les enfants malades et les nouveaux petits arrivants. Ces derniers restaient dans cette infirmerie plusieurs jours afin qu’ils ne soient pas porteurs de germes pour leurs futurs camarades. Nous, nous n’avions pas le droit de pénétrer dans cette maison pour ne pas transmettre les microbes au château. Un certain nombre de ces enfants, après ce séjour à la Garenne Lemot, étaient dirigés vers le centre de plein air du Château d’Aux ( foyer Félix Guillou) à la Montagne. Souvenirs, souvenirs…j’étais jeune, j’avais vingt ans mais c’était un riche apprentissage de la vie. En cinq ans je n’ai jamais eu le temps de visiter le bourg de Clisson ».