Sigisbert Hugo (dit Brutus), père de Victor Hugo


« Mon père, ce héros au sourire si doux [...] [...] Donne-lui tout de même à boire, lui dit mon père » Qui ne se souvient de ces vers nostalgiques relatifs à ce « vieux hussard de l’armée en déroute » père du plus célèbre écrivain - et homme politique - français ?

Peu de personnes savent toutefois que ce père foula durant quinze mois le sol de la commune de Saint Jean de Boiseau.


Fils d’un maître-menuisier établi à Nancy, Joseph Léopold Sigisbert HUGO est né le 15 Novembre 1773. Cinquième enfant d’une famille de 19, il s’engage en septembre 1788 (moins de 15 ans) comme volontaire dans un régiment d’infanterie de Beauvais. Bien qu’engagé dans l’armée royale, ce ne sera que plus tard à la faveur de la Révolution, sur les bords du Rhin, qu’il gagnera ses premiers galons. Adjudant-major en mai 1793, il se lie d’amitié avec son commandant Arnould MUSCAR.

La révolution :

1793, c’est aussi la levée de trois cent mille hommes qui mettra le feu aux poudres dans notre région. Si St Jean, avec son curé DANGHIN (prêtre révolutionnaire) resta calme, il n’en fût pas de même dans les environs. Bouguenais, entre autres, s’était révoltée et la jeune fonderie de canons d’Indret était menacée. Il fallait la protéger. Le comte d’AUX qui venait d’être ruiné par la révolte des noirs de St Domingue fut "aimablement prié" de laisser sa propriété aux troupes républicaines qui pourraient ainsi surveiller de haut cette fabrique tant convoitée. Une première garnison s’installa mais commit de tels délits et pillages qu’elle dut être rappelée.

Entre-temps, au début du mois de juillet, la Convention a formé un bataillon portant le nom de l’Union et l’a dirigé sur la Vendée avec à sa tête le commandant MUSCAR ... accompagné de son chef d’Etat-Major Sigisbert HUGO (moins de 20 ans) qui, selon F. GUILLOUX, « Dans l’ardeur juvénile de sa foi patriotique dédaignait ses prénoms trop ancien régime » et signait Brutus HUGO. Après deux défaites en Maine-et-Loire où Brutus fut blessé, ce bataillon est détourné sur le pays de Retz et vient installer son campement sur cette magnifique propriété de la Hibaudière (ancien nom de la propriété du comte d’Aux) qui avait la forme d’un trapèze d’environ 1750 mètres de hauteur avec un grande base de 700 mètres (côté chenal de Roche-Ballue) et une petite base de 300 mètres (côté route de Paimboeuf). Au beau milieu, une splendide avenue de 50 mètres de large et de 1400 mètres de long. Selon P. FREOR, cette seconde garnison ne fit pas mieux que celle qui la précéda puisqu’elle laissa « un souvenir de ruines, de rapines, de mort et de terreur ». L’époque s’y prête malheureusement, blancs et bleus ou brigands et patauds se livrent une lutte sans merci où toutes les exactions sont possibles. Les patrouilles du château d’Aux écument la région et prononcent de nombreuses peines de mort qu’elles exécutent aussitôt.

Bouguenais : 31 mars 1794 et ses condamnés à mort :

Ce jour-là près de 300 personnes furent prises à Bouguenais. Les 2 et 3 avril une commission connue sous le nom de son président BIGNON tint audience et prononça les peines : 2 avril dans la matinée : 100 condamnations à mort ; l’après-midi : 52 autres et le lendemain matin, 59 suivront.

211 condamnés sur 219 hommes jugés et, parmi eux, un seul enfant de treize ans, Jean LOIRENT, échappa à la mort. Quant aux soixante-quinze femmes arrêtées à Bouguenais elles seront transférées au Sanitat à Nantes et ne seront jugées que le 12 Juillet, 5 d’entre elles subiront la peine capitale, les autres purent retrouver leur village.

Brutus HUGO siège au Conseil de Guerre où il délibère et signe de nombreux verdicts comme greffier du Tribunal. Cette faculté lui vaut d’assister à tous les jugements et à toutes les exécutions. Par la suite, il se défendra dans ses Mémoires de n’avoir jamais été associé aux sinistres histoires qui entachent le Château d’AUX, et qu’il n’a sur la conscience aucune exécution de femmes et d’enfants. « J’osai, écrira-t-il, au jour du jugement, me présenter devant le tribunal, non pour les défendre, on ne me l’eût pas permis, mais pour demander qu’au lieu de les condamner à mort, on les envoyât travailler dans les mines de l’intérieur de la France jusqu’à la pacification qui ne pouvait tarder. Le tribunal m’écouta sans m’interrompre et son président répondit que rien n’autorisait les juges à prendre sur eux cette mesure de clémence. ... Le président pria MUSCAR de faire juger les jeunes filles par une Commission militaire et cet officier, désirant les sauver, me nomma, quoique bien jeune, pour présider ce tribunal, certain que je ne démentirais pas les sentiments d’humanité qu’il me connaissait ». S’il semble exact qu’ HUGO, président de tribunal, joua un rôle non négligeable dans la relative clémence du verdict (Seules 5 condamnations sur 75 prévenues), il apparaît plus difficile de penser « qu’un officier de 19 ans ait voulu en imposer aux vieux routiers de la commission BIGNON », c’est l’avis de F. GUILLOUX. Cette interprétation trouve une justification d’autant plus volontiers que les quelques historiens qui s’aventurèrent à essayer de magnifier son rôle firent état de contre-vérités puisqu’ils fixent les prévenus aux alentours de « 7 à 800 paysans de Bouguenais » (au lieu de 219 ) et prétendirent même que l’ordre des condamnations avait été donné par ... CARRIER lui-même, alors que ce dernier avait quitter Nantes le 6 Février, soit 2 mois avant les faits.

L’après Révolution :

Le bataillon partira en décembre 1794 et rejoindra Châteaubriant en novembre 1795. Là, Brutus connaîtra une jeune fille qu’il épousera à Paris le 15 novembre 1797 : Sophie TREBUCHET qui devait lui donner 3 enfants : Abel, Eugène et en 1802, Victor. Entre-temps, Brutus avait continué sa carrière militaire et continué à prendre du grade. En 1806, il se retrouve à Naples où il participe victorieusement à la lutte contre le célèbre bandit napolitain Michel PEZZA plus connu sous le pseudonyme de FRA DIAVOLO.

En janvier 1803, il débarque à Bastia à la tête de la 20ème demi-brigade pour se préparer à renforcer la défense de la Corse et de celle de l’île d’Elbe. Il y arrive avec ses trois enfants mais sans son épouse qui ne le rejoindra que 11 mois plus tard. C’est la fin du couple. Hugo fera la connaissance dans l’île de beauté d’une femme Cécile Thomas qui s’appelait en réalité Marie-Catherine (ou Maria Catalina). Elle deviendra sa compagne avant de devenir sa seconde épouse vers le milieu de la décennie suivante.

Haut Dignitaire de la cour, il accompagnera en 1808, Joseph BONAPARTE, frère de l’empereur, en Espagne. Il sera gouverneur d’Avila et de Ségovie et commandera la province de Guadalajara où il mène la répression. La seigneurie royale de Molina dépendra de lui et il deviendra Comte de Siguenza. Il devra toutefois, lui aussi, battre en retraite en 1813. On approche alors de ce que TALLEYRAND a appelé le " commencement de la fin ".

1814, lors de la campagne de France, il défend avec acharnement Thionville, mais NAPOLEON abdique le 6 avril. C’est Louis XVIII qui devra intervenir en personne pour mettre un terme à la résistance.

Il se retirera ensuite à Blois avec Cécile Thomas. Sa carrière militaire ne connaîtra plus dès lors d’évènement exceptionnel. Il se lancera dans la publication de quelques ouvrages militaires et d’un roman qu’il signera sous le pseudo de Sigisbert.

« Au physique 1,70m, le poil châtain, les yeux bruns, un visage long et coloré, un nez gros, des lèvres charnues, un cou puissant. Dans un corps sain, infatigable, une énergie généralement contenue par une âme raisonnable et, surtout, une bonté naturelle qui se manifeste par des attitudes naïves et une franchise ingénue. Pour les hommes, un copain exigeant, pour les femmes et les enfants, un ami indulgent » selon la description d’un de ses contemporains, cet homme s’éteindra à Paris en 1828.