Saint Hermeland, moine


C’est vers 645 qu’Hermeland naquit à Noyon dans l’Oise actuelle. Fils d’une famille bourgeoise, il bénéficia d’une instruction poussée et se fit rapidement remarquer tant par ses compagnons d’études que par ses professeurs. Ses capacités potentielles firent que sa famille décida de l’envoyer à la cour du Roi pour y faire une carrière dans les armes. Il se distingua parmi cette cour plus par ses qualités humaines que par le brio des armes et fut nommé chef des échansons, distinction honorifique non négligeable à l’époque. Ce sont ses parents qui continuaient à le surveiller qui obtinrent une promesse de mariage avec une jeune héritière d’une des grandes familles de la cour. Il semblerait toutefois qu’il ne prisait pas spécialement la vie à la cour car il fit connaître sa décision de quitter ces lieux et de se consacrer désormais à une vie religieuse.

Il quitta donc la cour malgré les pressions qui s’exercèrent sur lui pour tenter de le faire revenir sur sa décision. C’est au monastère de Fontenelle, tout près de Rouen qu’il entra en religion. Là encore, il se fit remarquer par sa dévotion et prononça ses vœux. L’abbé Lambert qui dirigeait ce monastère le fit ordonner prêtre.


Babron écrivit au milieu du XIX° siècle dans un ouvrage intitulé "Les établissements impériaux de la Marine Française" qu’Hermeland « est connu en Bretagne sous différents noms : Herbland, Harbland, Herblain, Herblon, Herbaud, Hermel, Armel, Harmel ... Ce nom dériverait du celtique Her, grand, Mailand chef, grand chef ».

Sa venue dans la région :

A cette époque, le diocèse de Nantes était sous l’autorité de l’évêque Pasquier à Nantes. Les nantais émirent le souhait de voir se fonder dans la région un nouveau monastère. Pasquier se rangea volontiers à cette requête et connaissant la réputation de Fontenelle s’y adressa pour y trouver les moyens et les hommes nécessaires à cette entreprise. Lambert pensa immédiatement à Hermeland pour cette mission mais il demanda des garanties pour assurer la protection des moines et prêtres qu’il enverrait dans la région. Il était, en effet, assez coutumier à cette époque de placer les nouvelles fondations sous la protection royale pour assurer leur sécurité. Hermeland accepta et partit ainsi pour le diocèse de Nantes.

Parvenu dans la capitale des namnètes, Hermeland demanda une barque pour descendre la Loire jusqu’à la mer et reconnaître l’endroit qui lui paraîtrait le plus approprié pour remplir ses engagements. Il descendit ainsi la Loire et arriva sur une île un peu en aval. Celle-ci, bien buttée, mettait le lieu à l’abri des inondations et pouvait permettre de dégager des terrains propres à l’implantation des cultures nécessaires. Il y aurait découvert une grotte et aurait nommé le lieu Antrum ( antre). Par déformation ce nom se serait transformé par la suite en Aindre puis Indre (nom actuel de la commune). En face, au milieu du fleuve, une autre île plus petite qui lui sembla propre à accueillir ses méditations. Il la nomma Antricinum (petite antre) qui devint également par déformation Aindrette puis Indret.

Sa vie à Indre :

Il implanta sur Antrum deux monuments qu’il dédia l’un à St Pierre et l’autre à St Paul avec les dépendances idoines. Cette réalisation date des années 670 à 680. Sa vie fut empreinte d’un ascétisme hors du commun. Il aimait traverser la Loire et venir se recueillir dans la partie ouest d’Antricinum dans un petit oratoire vraisemblablement érigé par Saint Martin de Vertou et qui porte aujourd’hui le nom d’ermitage de Saint Hermeland. Sur la fin de ses jours, son désir d’isolement prit le pas sur toute autre considération puisqu’il se démit de sa fonction de supérieur d’Indre, s’y fit remplacer et se retira dans un autre petit oratoire dédié à St Léger et sis à la porte du monastère qu’il avait fait construire. C’est dans ces lieux qu’il s’éteignit le 25 mars 720. Sa dépouille n’eut que quelques dizaines de mètres à franchir pour être inhumée dans le lieu qu’il avait fait ériger.

Elle y resta jusqu’aux invasions des Normands. En 843, ceux-ci détruisirent entièrement la ville de Nantes et à leur retour sur le fleuve saccagèrent le monastère qu’avait fait construire Hermeland. Les moines effrayés avaient pris la fuite mais avaient emporté les reliques de leur saint. Celles-ci furent d’abord reçues à Angers. Elles transitèrent ensuite dans le monastère de Beaulieu en Touraine avant d’arriver à Loches. Elles y restèrent jusqu’au moment de la Révolution où la châsse qui contenait les restes fut détruite mais les ossements furent recueillis par le prêtre du moment. Ils finirent par revenir au diocèse de Nantes où ils furent répartis entre différentes paroisses. Indret, Basse-Indre, St Herblon, Guenrouët, Bouaye, St Léger purent ainsi disposer de quelques reliques.

Ses miracles :

Hermeland eut une vie d’ascète très marquée et se dévoua tout à sa cause. Ces valeurs lui permirent d’acquérir très vite une renommée très étendue et il n’en fallut pas plus pour que de nombreux miracles lui soient attribués tant de son vivant qu’après son décès lorsque des fidèles venaient se recueillir sur sa sépulture.

* Il avait coutume de consacrer une partie de ses nuits à la prière. Une nuit, il vit « l’âme du vénérable Mauronce, abbé de St Florent, portée au ciel par des anges ». Il convoqua les frères de son abbaye et leur demanda de prier pour le défunt. Le lendemain, des messagers vinrent anoncer le décès qu’avait vu Hermeland. Renseignements pris, ce décès avait eu lieu au moment précis où Hermeland avait eu sa vision.

* Lors d’un voyage avec plusieurs de ses frères, il fit la rencontre d’un dénommé Arnaud, homme fort riche. Après l’avoir entretenu de valeurs spirituelles, toute la troupe éprouva le besoin de se désaltérer. Il ne restait plus, hélas, que quelques gouttes de vin dans sa gourde. Un signe de croix résolut le problème et chacun put boire à sa convenance. Cet épisode se reproduit une seconde fois avec un autre voyageur nommé Launus qui lui offrit à boire alors que sa gourde était quasi-vide. Cela montrait suivant son laudateur que la grâce divine « voulait que ceux qui lui faisaient des offrandes, n’en éprouvassent aucune diminution dans leurs biens, mais y trouvassent plutôt un profit temporel, en outre de l’éternelle récompense. »

* Assis sous un arbre près de l’oratoire de St Léger il était plongé dans la lecture. De nombreuses chenilles qui étaient dans l’arbre tombaient parfois sur l’ouvrage qu’il étudiait. D’une patience extrême, il supportait ce contre-temps. Un frère vint et voulut écraser les larves encombrantes. Hermeland l’en dissuada. Le lendemain, celles-ci avaient disparu. La légende assure que la grâce divine avait joué un rôle prépondérant dans cette disparition.

* Lors d’une de ses retraites avec quelques frères sur Antricinum, la conversation vint sur le fait que l’évêque de Nantes avait reçu une lamproie. Hermeland, assis au bord du fleuve affirma que tout un chacun touché par la grâce divine pourrait bénéficier du même bienfait. A peine avait-il tenu ces propos qu’une lamproie sortant de l’eau vint à ses pieds sur le sable. Cette proie permit à elle seule de rassasier toute la confrérie.

* Une nuit, alors qu’il visitait en priant les oratoires du monastère, un coup de vent éteignit la bougie qu’il venait de faire allumer. Il ralluma cette dernière en faisant le signe de la croix et malgré le vent qui se mit à redoubler de violence, celle-ci ne s’éteignit plus.

* La pureté de son cœur, aux dires de certains de ses contemporains, était telle qu’une nuit dans un oratoire voisin, ses pas marquèrent d’une blancheur éclatante le pavé sur lequel il se trouvait.

* Un voleur lui déroba un jour les bœufs qui servaient au transport du bois du saint homme. Celui-ci se réfugia dans les prières. Or le voleur qui avait marché toute la nuit pour aller le plus loin possible se retrouva le lendemain matin ... devant la porte du monastère. Il fut obligé de rendre les animaux qu’il avait dérobés la veille.

Après sa mort, la légende continue à lui attribuer un certain nombre de miracles :

* Un homme paralytique s’étant voué à Saint Hermeland se fit porter à St Pierre en Aindre et priant près du sépulcre de l’abbé le vit venir à lui. Il fut immédiatement guéri.

* Même guérison pour un homme qui était muet depuis sa naissance.

* Idem pour un autre, sourd et muet, qui fut débarrassé de ses deux infirmités.

* Un enfant impotent retrouva la santé

* Deux boiteux qui s’étaient fait porter sur les lieux s’en retournèrent débarrassés de leur claudication.

* Sichaud, paysan qui avait commis l’outrage de battre le blé le jour de Pâques fut saisi d’un tremblement général qu’il ne pouvait pas contrôler. En outre, son fléau demeurait retenu à sa main. Deux pèlerinages lui furent nécessaires pour retrouver sa liberté de mouvements. Le premier à Tours auprès du sépulcre de St Martin de Vertou, ce qui lui valut d’être débarrassé de son encombrant fléau et le second à Indre pour voir disparaître tout tremblement.

* Aveugle, contrefait et estropié, cet homme dont le nom ne nous est pas parvenu se rendit à Rome pour tenter de se voir moins diminué. Il lui fut répondu qu’il devait rendre visite aux sépulcres de St Martin de Vertou et de Saint Hermeland. A Tours « les talons qui lui tenaient aux fesses et les pouces qui étaient recourbés sur son estomac se redressèrent » et à Indre « Saint Hermeland apparut à lui et lui mettant les pouces sur les yeux, lui rendit la vue. »

L’ermitage de Saint Hermeland :

Aucune certitude n’existe pour savoir à quelle époque cet édifice fut érigé. Si la tradition orale l’attribue généralement à Hermeland, la légende prétend, elle, que c’est Saint Martin de Vertou (grand évangélisateur du Pays de Retz) qui, au VI° siècle, l’aurait bâti. Hermeland n’aurait trouvé en arrivant sur ces lieux que des ruines qu’il aurait fait relever. Ce bâtiment a l’aspect de deux tours de quelques mètres de diamètre qui s’enchevêtrent, lui donnant lorsque l’on monte sur la terrasse la forme d’un 8. Ces deux tours communiquent intérieurement mais disposent chacune d’une porte extérieure. L’accoustique y est remarquable mais très particulière puisque suivant les emplacements que l’on occupe la perception des sons change complètement.

Son revêtement extérieur composé de pierres saillantes lui donne un aspect peu commun. Ce revêtement fit l’objet de remaniements puisque des gravures du XIX° siècle montrent que ces pierres étaient, à l’époque, beaucoup plus plates. Un escalier extérieur qui s’enroule autour du bâtiment permet d’accéder sur la terrasse.

Cet édifice parvint à traverser les siècles et échappa aux destructions des normands qui, à plusieurs reprises remontèrent la Loire, notamment en 843, où ils détruisirent l’abbaye d’Indre qu’Hermeland avait fait construire. Le duc de Mercoeur qui disposa de l’île d’Indret aimait y passer de longs moments, cette habitude faillit lui coûter très cher. Il fut victime d’une tentative d’enlèvement qui n’échoua que de peu. Durant la période révolutionnaire, Indret devint un lieu stratégique important du fait de ses fabrications de canons et pour parer à toute éventualité, des pièces d’artillerie furent disposées en plusieurs points pour assurer une défense correcte. L’ermitage se vit donc affublé de cet armement inhabituel tant sur sa terrasse qu’à ses pieds. C’est en 1828 que la fonderie de canons fut transformée en manufacture royale de machines à vapeur et l’ermitage fut désormais affecté comme logement de gardiens. Moins de 20 ans plus tard, il sera de nouveau consacré au culte et bénéficiera de réparations tant intérieures qu’extérieures.

En mars 1982, cet édifice se vit refuser son classement parmi les monuments historiques. La revue qu’éditait l’établissement à cette époque mentionne que :

* « L’intérieur de l’ermitage, à part une table d’autel provenant d’une pierre tombale sciée, très abimée et difficilement identifiable, est du 19°siècle

* Dans son état actuel, l’édifice proprement dit peut être considéré comme une curiosité architecturale intéressante, d’un âge difficile à définir, mais pas très ancien (3 à 400 ans), sans intérêt archéologique ».

Le site vient d’être remis en valeur à l’heure actuelle. Son accès très aisé lui vaut de nouveau la visite de quelques touristes qui peuvent goûter sous les frondaisons en bordure de Loire et ce, malgré la présence toute proche de l’établissement d’Indret, un calme appréciable.