Le chateau du Pé


D’un bâtiment plus ancien, le château du Pé, blotti au coeur d’un parc de 7 hectares fut le siège de la seigneurie locale avant la Révolution. C’est la famille de Martel qui l’occupa fort longtemps. L’un de ses membres entra en possession d’une fortune colossale et joua un rôle non négligeable dans les environs. Cette vieille demeure, plusieurs fois bâtie et remaniée a connu bien des vicissitudes tout au long de son existence. Tombée pratiquement à l’abandon durant les dernières décennies, elle vient d’être rachetée par la municipalité et va faire l’objet d’une remise en état en vue d’une réhabilitation.


Sa situation :

Situé au milieu d’un domaine de 9 hectares, entièrement clos de murs de pierre, le château actuel n’est pas le premier sur cet emplacement.

Le Pé vient du mot latin podium qui désigne un lieu surélevé ou un promontoire. C’est en effet la configuration des lieux puisque ce château est situé sur l’ancienne rive de la Loire et domine actuellement la vallée due aux atterrissements.

Une large allée le reliait au bourg de St Jean en traversant un splendide parc. Près de l’entrée, existait une grille ouvragée supportée par deux montants de briques surmontés d’un lion. Un petit bâtiment de style à l’italienne y était accolé et servait de logement de gardien. C’est dans ces murs entièrement rénovés que notre Société vient de prendre ces derniers temps.

Ses origines :

Ces terres furent données à Alain Borrigan, un des plus vaillants capitaines d’Alain Barbe-Torte, en récompense pour avoir aidé à chasser les Vikings du comté nantais. C’est donc lui qui fit construire peu avant l’an 1000 le premier castel sur ces lieux.

Pendant près de 6 siècles, les descendants de ce combattant, devenus Bourigan du Pé, occuperont le site et au XIV° siècle feront édifier un nouvel édifice dont il reste aujourd’hui encore quelques éléments de cette architecture médiévale (soubassements, caves et départ d’une galerie étroite et circulaire).

Ce n’est qu’au XVIII° que ce bâtiment prendra l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui, mais ce ne sera plus un descendant de cette lignée qui le transformera.

Les Bourrigan du Pé (950-1598) :

Alain Borrigan sera donc le premier seigneur de St Jean. Il prendra la place des Normands qui occupaient les lieux depuis quelques temps déjà. Ses descendants deviendront très vite les Bourrigan du Pé. Blottis sur la rive sud de la Loire, ils sauront malgré tout ne pas se faire oublier et rester près des ducs de Bretagne

Jacques du Pé était ainsi chargé par le duc François II lui-même du bon déroulement des revues militaires.

· Gilles du Pé, 15 ans plus tard, achètera des terres à Port St Père, près de St Jean provenant de l’héritage de Pierre Landais qui n’était ni plus ni moins que le trésorier du duc de Bretagne.

· Jacques du Pé sera attaché à la cour de Bretagne avec la fonction de Panetier de la future reine Anne (porte-étendard).

· Le dernier de cette famille, pour notre localité, sera Claude du Pé qui épousera en 1590 Diane Martel.

La tour du Pé :

Cette tour, située un peu à l’écart à l’ouest du château, fut construite en 1830 en bordure de Loire par Sophie, la fille de René Marie Sophie. Elle est alors mariée à Aristide Locquet de Grandville.

Elle fut édifiée pour servir de lieu de détente et d’observation de la Loire. Du premier étage de la tour, les dames du Pé regardaient l’animation maritime qui s’offrait à leurs yeux tout en faisant la lecture ou jouant à des jeux de société.

Aujourd’hui encore, elle se dresse fièrement en bordure du coteau qui, autrefois, bordait la Loire. Sans toiture, elle est désormais ouverte à tous les vents et ne voit plus la Loire que de loin, le cours de celle-ci ayant été déporté pour permettre une meilleure navigation.

Les de Martel :

Le dernier membre de la famille Bourrigan à habiter ces terres sera Claude du Pé qui décèdera en 1590. Plusieurs propriétaires se succédèrent alors avant que la famille de Martel n’apparaisse avec le premier de ses membres : Jean. C’est lui qui, au cours du XVII° siècle, transforma cette gentilhommière pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui. Il s’éteindra en 1709 mais c’est son petit-fils René qui marquera sans doute le plus la vie de notre localité. Il va acquérir une très grande fortune en tirant parti des atterrissements créés en Loire au début de la seconde moitié du XVIII° siècle et en profitant avantageusement du « Commerce triangulaire » ou traite des noirs. « Il finira alors de transformer le château du Pé en une ravissante demeure avec un très beau salon de style Louis XVI. Une nombreuse domesticité est à son service. Il donne souvent des réceptions où se retrouvent l’aristocratie et la haute bourgeoisie nantaise. Des fêtes somptueuses se déroulent dans le parc et l’été, des feux d’artifice sont tirés au-dessus du grand étang de la terrasse sud. Les chasses au gibier d’eau et de terre sont aussi au programme des réjouissances ». Au cours de la Révolution, Carrier vint à Nantes et fut à l’origine de massacres mémorables à l’époque. Ainsi parmi ses nombreuses exactions, une des moindres consista à expédier à Paris 132 personnes dans des conditions déplorables pour y être jugées. René de Martel fit partie de cette expédition. Emprisonné, puis relaxé en fructidor An II, il sortira très diminué de cette épreuve et ne reviendra jamais à Saint Jean de Boiseau.

Son fils René épouse l’unique fille du puissant armateur nantais Montaudouin. C’est lui qui fera édifier pour sa belle-mère le très bel hôtel des Colonnes sur la place Louis XVI à Nantes. Sa fortune lui permettra également d’acquérir la baronnie de Rié (St Hilaire et St Jean de Monts) ainsi que celle de Trans sur Erdre près de Riaillé.

Le Pé n’est plus alors occupé que par ses deux filles. L’une d’elles Marie de Kercabus mariera sa fille Marie Renée Sophie avec un cousin qui se nomme … Anonyme Martel. Ainsi elle pense avoir agi pour que le nom des de Martel puisse se perpétuer. Malheureusement pour elle, ce seront les derniers de Martel qui habiteront ces lieux.