Faire "vroumer" la poêle


Autrefois, dans notre région, une tradition sonore bien ancrée permettait aux personnes de "communiquer" d’un village à l’autre. Cette "communication", si elle ne transmettait pas de message permettait d’échanger des sons bizarres. Pour y parvenir, il suffisait d’avoir : une grande bassine de cuivre (comme pour la lessive), des joncs, de l’eau et deux exécutants.


Autrefois à St Jean, comme dans beaucoup d’autres communes bretonnes ou vendéennes, existait une tradition sonore spécifique aux fêtes de la St Jean : les bassins sonores. Ici, on appelait cela « faire vroumer la poêle ». Les accessoires sont les suivants : une grande bassine de cuivre (comme pour la lessive), des joncs, de l’eau et deux exécutants. Cela fonctionne selon le principe du violon : une corde vibrant sur une caisse de résonance à l’aide d’un archet. La corde, ce sont les joncs rassemblés en faisceau ; la caisse de résonance, c’est la poêle et l’archet : les mains. On passe de la colophane sur les crins de l’archet pour mieux accrocher la corde ; ici on se sert de vinaigre pour humecter les joncs. La poêle était le plus souvent placée sur un trépied pour laisser le maximum de surface vibrante ; on y versait de l’eau pour y tremper les joncs et les mains tout en amplifiant les vibrations. Chacun des exécutants se plaçait de chaque côté de la poêle, l’un retenant fortement les joncs sur le rebord du bassin sans en toucher les bords avec les doigts, et l’autre frottant les joncs dans le sens de la longueur en les prenant dans ses mains. Le son produit, assez sinistre et plaintif pouvait s’entendre de très loin, puisque sur la commune de Saint Jean de Boiseau, Boiseau, le bourg et la Télindière se répondaient ainsi. Pour accentuer les vibrations, on pouvait plonger dans l’eau de la bassine des objets métalliques comme des pièces de monnaie ou encore un chapelet rappelant l’occasion religieuse de ce rite : la st Jean. Certains voient dans cette tradition un appel aux morts ( la st Jean étant la christianisation de l’une des occasions celtiques où l’âme des morts rendait visite aux vivants : le passage au solstice d’été ; d’où l’ambiguïté païenne/chrétienne). Mais sans aller jusque là, c’était avant tout un appel à la fête, à danser autour du feu. A St Jean, on ne sait pas à quand remonte cette vieille tradition, mais cela s’est refait pour la dernière fois dans les années 1950-1955 sur la place de l’église et le « vroumeur » était Francis Braud, membre du groupe Sant Yann et habitant à Boiseau. Qui sera son successeur ?