La paroisse au XIXème siècle


Cette page est une compilation de documents retrouvés au sein des archives paroissiales de St Jean. Ces documents sont tous du plein milieu du XIX° siècle et sont écrits de la main du prêtre Nouël ( 1859 - 1883 à St Jean ) que nous évoquons notamment dans notre page sur la scission. Les textes qui la composent ne sont donc pas de notre fait mais datent bien de plusieurs générations.


Quelques traditions :

Le repas des marguilliers

Il est d’usage que dans les jours qui suivent le premier de l’an, chaque année, un service soit dit pour les marguilliers défunts ; à ce service assistent les quatre marguilliers en charge. Le service terminé, on procède à l’ouverture des troncs de l’église, du calvaire et de Bethléem, et le produit de ces troncs ordinairement assez minime vient s’ajouter comme supplément à la quête des marguilliers de l’année qui vient de finir.

Cette opération terminée, les quatre marguilliers se rendent au presbytère pour prendre part au dîner que M. le Curé leur donne ce jour-là et auquel ils ont été invités d’avance.

Quatre autres dîners suivent celui-là dans les semaines d’après. Ils sont donnés par chacun des quatre marguilliers à tour de rôle. C’est, à chaque fois, un véritable jour de fête pour les marguilliers qui y assistent tous, ainsi que pour leurs plus proches parents qui y sont toujours invités. Il n’en est peut-être pas ainsi pour M. le Curé et pour M. le Vicaire qui y assistent également. ; mais il y a obligation de subir cette série de festins qui sont d’une longueur interminable et fatigante ; il serait imprudent d’en tenter l’abolition. Un essai fut fait à cet égard par l’un de mes prédécesseurs, il fallut céder ; les marguilliers renonçaient à l’exercice de leur charge, s’il eut persisté dans son intention.

A cet usage si assujettissant et dont il faut pourtant de toute nécessité respecter l’ancienneté, paraît vouloir s’en ajouter un autre, MM. les membres du conseil commencent eux aussi à vouloir donner à dîner à la Cure, dans cette même saison de l’année, si cet usage s’introduit ce sera pour MM. les prêtres de la paroisse, une perte assez considérable de temps, sans parler de mille autres inconvénients, comme : jalousies blessées, susceptibilités froissées, chez des gens qui s’estimant autant que les conseillers de Fabrique voudraient eux aussi avoir l’honneur de voir leur Curé à leur table et au désir desquels il lui sera pourtant impossible de déférer.

Les quêtes dans la commune

Pour l’église :

Au commencement de chaque année, les deux marguilliers entrés en charge au Premier de l’an font dans toute la paroisse, une quête au profit de l’Eglise. Elle est annoncée en chaire le dimanche qui précède ; cette quête consistant en grains, fèves, fil, filasse est fort peu productive, le produit de la vente ne s’élève jamais à 300 F. La raison d’un chiffre aussi minime c’est la petite quantité des grains qui se récolte dans la paroisse, à peine y compte-t-on quelques familles qui récoltent assez de grain pour se nourrir. La vente de cette quête est annoncée en chaire, le dimanche précédent, et le produit en est versé dans la caisse de la fabrique.

Pour M. le Curé :

1° - Vers le mois de septembre, la domestique de M. le Curé, accompagnée d’une autre personne, parcourt la paroisse, et y fait une quête de filasse, au profit de M. le Curé ; cette quête produit environ une centaine de livres de fil, quand la récolte de lin est bonne, c’est un avantage assez minime, à raison des frais qui tombent à la charge du Curé pour faire arriver cette filasse à l’état de toile, mais c’est un usage et puis la dépense totale n’est pas aussi sensible qu’on pourrait le croire disséminée qu’elle est le long de l’année en petites sommes partielles.

2° - A cette quête succède celle du vin, celle-là est nulle en réalité, à peine peut-on emplir cinq ou six barriques de vin. Voici comment cela se pratique : des barriques sont déposées dans les villages de la Télindière, de Boiseau et de la Briandière, deux hommes payés à raison de trois francs par barrique qu’ils emplissent, parcourent les différents celliers où se pile la vendange, reçoivent la quantité de moût qu’on juge à propose de leur donner et le transportent dans la barrique destinée à le recevoir. La barrique coûte quatre et quelquefois cinq francs ; l’homme qui la remplit est payé trois francs : total 7 ou 8 francs. Le vin se vend 9 francs et 10 francs ; profit sur cinq barriques 10 ou 15 francs.

3° - La quête qui mérite véritablement ce nom c’est la quête d’argent qui se fait de la Toussaint au premier de l’an.

Cette quête a un double but :

* 1° de fournir un supplément à M. le Curé,

* 2° de contribuer à payer la pension de M. le Vicaire.

D’abord des listes contenant les noms et la somme que paye chaque individu, sont dressées sur le modèle des anciennes. M. le Curé choisit deux hommes pour le bourg, pour la Télindière, Boiseau, La Briandière et le Fresne, en tout : dix collecteurs et il leur remet les listes qu’il a eu soin de confectionner ou de faire confectionner d’avance. Le jour de la Toussaint ou le dimanche qui suit, il annonce, au prône, cette quête, et les collecteurs avec lesquels il a eu soin de s’entendre auparavant ; ces hommes parcourent ensuite à leurs moments libres, les différents quartiers qui leur sont assignés ; vers Noël et le premier de l’an, chacun apporte le montant de sa collecte et il est d’usage que Mr le Curé leur donne à dîner ce jour-là.

Le supplément de M. le Curé atteint d’ordinaire le chiffre de 380 à 400 francs. La quête destinée à payer la pension de M. le Vicaire arrive à peine à 200 francs ; aussi la fabrique est-elle obligée de fournir, chaque année, 250 francs environ, pour compléter le chiffre de la pension de M. le Vicaire qui est de 450 francs.

Le catéchisme :

Le catéchisme commence chaque année dans la 1ère quinzaine d’octobre, et, depuis cette époque, jusqu’à la première communion, il n’est interrompu que pendant la semaine Sainte.

Une centaine d’enfants y assistent régulièrement, deux fois par semaine ; le jeudi et le dimanche, ce nombre serait beaucoup plus considérable si les enfants de La Montagne y assistaient, il serait terme moyen de 130 ; mais force a été de se montrer indulgent envers cette population qui n’est point indigène et d’accorder aux enfants de ce quartier la permission de suivre le catéchisme d’Indret. L’irreligion de la plupart de ces familles et les événements politiques ont rendu nécessaires ces ménagements.

Beaucoup de ces enfants arrivent au catéchisme dans un état d’ignorance complète des prières, des actes du chrétien, et des principaux mystères que connaissent, partout ailleurs, les enfants qui appartiennent à des parents chrétiens ; cela tient à la malheureuse passion du travail et de l’ambition qui absorbe la grande généralité de la paroisse. Les parents quittent de bonne heure la maison pour aller au travail, ils ne font point dire la prière aux enfants. Le soir, ils reviennent fatigués, même omission que le matin ; quand vient l’époque d’envoyer ces enfants au catéchisme, les parents se décident alors à envoyer ces enfants à l’école, ils les confient à un maître sur lequel ils se reposent du soin de leur apprendre tout ce dont ils ont besoin ; si encore les maîtres s’acquittaient sur ce point de leur devoir ! Les maîtresses s’en acquittent mieux, aussi les petites filles sont-elles généralement plus instruites que les garçons. Cette négligence dit assez que la part qu’on laisse au prêtre pour le soin de l’instruction n’est pas petite. Pour obvier, autant que possible, aux inconvénients immenses de cette négligence des parents, pour l’instruction religieuse de leurs enfants, il a fallu poser, pour condition d’admission au catéchisme, l’obligation, pour les parents, d’envoyer leurs enfants à l’école, ou chez des personnes charitables qui se chargent une fois ou deux le jour, de les instruire ; ce moyen a réussi, les parents s’y soumettent maintenant, mais si on n’avait pas tenu la main à ces conditions, si on avait consenti à admettre ces enfants à la communion, sans tenir compte de leur ignorance, beaucoup de parents auraient été enchantés de pouvoir utiliser d’un bout de l’année à l’autre le petit travail de ces enfants, sans nul souci de leur instruction religieuse.

Heureusement aussi que, dans ce triste état de choses, l’amour-propre des parents et des enfants nous est venu en aide. Ce que le sentiment religieux ne nous avait pas obtenu, l’orgueil si chatouilleux de ces gens nous l’a souvent fait obtenir ; il s’agissait d’utiliser cette ressource ; un certain succès a couronné différents moyens qui ont été tentés : par exemple, on n’a eu qu’à s’applaudir de l’espèce d’attention qu’on a mise à faire ressortir, le dimanche, l’ignorance des enfants que négligent leurs parents ; l’honneur de porter au jour de la communion, de la fête -Dieu et de la mi-Août, les statues de la Ste Vierge et de St Joseph, honneur accordé seulement aux huit premiers de chaque communion a puissamment contribué à établir de l’émulation entre les enfants. Ces places sont disputées avec acharnement, ceux qui les ont gagnées craignent de les perdre, ceux qui les ont perdues font leurs efforts pour les regagner. Cette rancune les tient continuellement en haleine.

Les autres (bans ?) ont aussi leurs motifs d’émulation. Des récompenses moins belles que celles accordées au premier rang, récompenses en livres, images et chapelets leurs sont promises en proportion du degré de satisfaction qu’ils nous donnent dans le courant de l’année, et comme on sait que le dernier rang composé uniquement d’ignorants et de paresseux, en est entièrement privé, on tâche d’en sortir, quand on a à cœur d’avoir quelque récompense, à la fin de l’année, et de ne pas porter le titre d’ignorant. Tels sont les petits moyens qui ont obtenu le plus de succès.

L’époque de la première communion, c’est le dimanche de la Trinité ; il y aurait inconvénient à la remettre, plus tard ; les travaux des îles commencent, vers cette époque, les parents, à ce moment, ont un besoin indispensable de leurs enfants.

Il est d’usage que tous les enfants reviennent pour une 2ième communion, et, à cette deuxième année, ils assistent depuis quelque temps assez régulièrement, même au catéchisme du jeudi.

D’après une décision de Monseigneur l’Evêque, datée du 19 Août 1853, les enfants habitant le Fresne, la Montagne et Roche-Ballue, peuvent faire leur première communion à Indret, s’ils en demandent la permission à Mr le Curé de St Jean.

Les processions :

Les processions des dimanches et fêtes d’obligation avant la messe paroissiale, ainsi que celle de la purification et des Rameaux se bornent à faire le tour de l’église.

Celle de St Marc part à six heures de l’église, elle se rend à Bethléem où se dit la messe de la station ; la messe finie, elle revient à l’église par le même chemin.

Les processions des Rogations partent toutes à six heures de l’église. Celle du lundi se rend à la route de Paimboeuf par la métairie des Landes. On quitte la route pour prendre le chemin qui conduit à Roche-Ballue, on s’arrête à la croix où l’on chante un Libera pour les victimes qui furent massacrées au Château d’Aux, dans les jours de la terreur ; de là on se rend à la chapelle du Château d’Aux où se dit la messe de la station. La messe dite, la procession revient à l’Eglise en passant par le Fresne, La Montagne, La Briandière et La Cruaudière.

Note : La partie barrée l’a été sur les registres par une écriture qui semble être celle de son remplaçant, l’abbé DURAND-GASSELIN qui a rajouté "On s’arrête à l’extrémité du chemin des vaches et l’on revient par le Landas".

Celle du mardi se rend aussi à la route de Paimboeuf, mais en montant par le Landas, arrivée en face du Surchaud, elle quitte la grand-route, traverse le Surchaud, se rend à la croix Chédâne, de là se dirige vers la Télindière, qu’elle traverse, remonte par la rue du château pour prendre le chemin qui conduit à Bethléem ; puis la messe dite à Bethléem, la procession rentre à l’Eglise.

Le mercredi, la procession se rend à la Noë des Rivières, qu’elle traverse, puis à la Higonnière ; arrivée à Boiseau, elle s’arrête à la croix qui est au milieu du village, revient sur ses pas, prend la rue du Dîne-Chien, descend à la route qui la conduit à l’Eglise où se dit, ce jour-là, la messe de la station.

[Une procession qui va à la chapelle de Bethléem]

Le patron de la paroisse :

C’est sous le patronage de St Jean Baptiste que la paroisse est placée. Jusqu’en 1789, la dite paroisse était habituellement nommée St Jean de Bouguenais, sans que l’on connaisse le motif de cette désignation. Depuis cette époque elle garde invariablement le nom de St Jean de Boiseau, de son plus populeux village qui, lui-même doit son titre sans doute à l’eau dont il est entouré d’un côté et aux bois qui l’enfermaient de l’autre.

Depuis quelques années (document daté de 1863), la paroisse de St Jean a été placée sous la patronage de Ste Anne. Cette seconde fête patronale, pour ainsi dire, a été instituée pour deux motifs principaux. Le premier et le plus important a été pour empêcher les voyages à Vue lesquels étaient un grand sujet de dissipation et faisaient perdre la messe à beaucoup de personnes. Le second but de cette fête a été d’obtenir par l’intercession de Ste Anne la cessation du travail du dimanche dans la paroisse. Cette fête depuis l’époque de son érection a toujours été célébrée avec beaucoup de solennité ; et même comme elle arrive pendant les vacances, il est d’usage d’inviter plusieurs séminaristes pour faire les cérémonies.

Grâce à la pompe déployée en ce jour, l’on peut dire que le but pour lequel elle a été établie est à peu près atteint. Cette année encore nous étions heureux de voir ce concours de peuple suivre les reliques de Ste Anne qu’en ce jour on a l’habitude de porter processionnellement de l’église à la chapelle de Bethléem. De plus les nombreuses communions qui ont lieu ce jour-là font bien voir que les fidèles tiennent à cette fête et qu’ils la rangent au nombre de celles qui leur sont le plus chères. Cependant la fête ne se célèbre pas le jour qu’elle tombe mais est renvoyée au dimanche qui suit dans lequel il n’y a que mémoire de Ste Anne.