La révolution à St Jean de Boiseau


St Jean de Boiseau eut la chance de traverser la tourmente révolutionnaire sans trop en souffrir, contrairement à bien d’autres agglomérations voisines qui en sortirent complètement décimées, alors même que son territoire contenait des points stratégiques importants comme le château d’Aux qui permettait de tenir sous sa coupe l’établissement d’Indret qui était depuis 1777 une fonderie royale de canons.

Elle eut cette possibilité grâce essentiellement à son curé Danghin qui fit le serment requis par la Révolution et se démena pour cette dernière car il croyait profondément à ses vertus.


La situation de la commune :

Avant la Révolution notre commune se dénommait St Jean de Bouguenais. Elle s’étend entre Le Pellerin à l’ouest et Bouguenais à l’est englobant donc le territoire de l’actuelle commune de La Montagne qui ne sera créée qu’en 1877 suite à une scission.

Sa population est de 2000 habitants répartis en plusieurs villages sur l’ensemble de son territoire. Elle était composée jusqu’en 1777 uniquement d’agriculteurs, de pêcheurs, de marins et de petits artisans ou commerçants. A partir de cette date, l’implantation d’une fonderie de canons à Indret a provoqué une lente mutation dans l’esprit de certains de ses habitants. Les contacts établis dans cette usine ont contribué à une perception différente des conditions de vie. Or, pour des questions pratiques (les moyens de locomotion n’étaient pas ce qu’ils sont actuellement), cette évolution des mentalités ne peut se faire partout à la fois. C’est donc la partie la plus proche de l’établissement qui subit cette transformation soit toute la partie est de la paroisse qui se trouve gagnée par les idées nouvelles alors que la partie ouest plus éloignée continuera à vivre dans un climat plus conservateur.

Ce changement de mentalité se manifestera en de nombreuses occasions puisque certains habitants en arriveront à une contestation permanente quel que soit l’interlocuteur. Ainsi le commissaire Saint écrira-t-il en 1796 : « Je vous préviens qu’il y a en cette commune deux partis bien prononcés, et toujours en rivalité ; l’un comprenant le haut de la commune, composé des villages de Boizeau, Brilhandière et Roche Balu, l’autre la partie inférieure, le bourg, villages de la Clindière et Surchaux ; ces partis se contrarient et s’insultent ; le motif est que 1°) le village de Boizeau plus considérable que le bourg veut avoir la suprématie et avoir l’administration municipale de la commune ; 2°) le premier reproche à l’autre qui est limitrophe du Pellerin d’avoir pri quelque part au brigandage et de ne pas le seconder lorsqu’il veut résister à l’exécution des lois ; il est vrai qu’ils obéissent quoique faiblement et que ceux du haut de la commune ne font cas d’aucune loi si elle ne leur est favorable. Je crois que cette mésintelligence produise quelque suite fâcheuse. Je crois qu’il y a des agitateurs qui me sont presque connus qui soufflent cette discorde où l’intérêt a beaucoup de part ».

En outre, l’hiver 1788 a été particulièrement rigoureux, c’est ainsi que : « Le froid débute le 15 octobre et devient très rude à partir du 21 novembre. Pendant huit semaines la neige recouvre la terre, le dégel ne vint que le 12 janvier et en février les glaces fondirent ». Les récoltes seront mauvaises en 89, les prix augmentent en conséquence contribuant ainsi à augmenter la grogne car impôts ou salaires ne bougent pas, eux, pour autant. Si l’industrie des courtines apporte quelques suppléments de revenus, cela n’est pas suffisant pour autant quoique les autres paroisses ne disposent pas de cette ressource supplémentaire. Le mécontentement s’attise donc de plus en plus quand arrive la nouvelle : il va y avoir des Etats Généraux et des cahiers de doléances doivent être préparés dans chaque paroisse.

C’est donc un immense espoir qui commence à se faire jour.

Ce que nul ne peut prévoir, c’est le bouleversement qui va s’ensuivre et les conséquences heureuses ou dramatiques qu’elles vont impliquer ...