La baronnie de Rié ou RIEZ se trouvait en Poitou sous l’ancien régime. Ce vaste territoire fait maintenant partie de la Vendée et se situe sur les communes de Saint Gilles Croix de Vie, Saint Hilaire de Riez, Sion l’Océan et Notre Dame de Riez . Et pourtant un seigneur de Saint Jean de Boiseau eut l’idée d’acheter ces terres ...


Situation géographique et historique de la baronnie de Rié :

La baronnie de Rié ou RIEZ se trouvait en Poitou sous l’ancien régime. Ce vaste territoire fait maintenant partie de la Vendée et se situe sur les communes de Saint Gilles Croix de Vie, Saint Hilaire de Riez, Sion l’Océan et Notre Dame de Riez. Anciennement sous la mer, parsemé de quelques îlots rocheux sur lesquels s’établirent les premiers habitants, ce territoire se comblât progressivement pour former un marais en liaison avec la mer, difficile d’accès en dehors des voies navigables. Il se transforme à nouveau lors de la formation du cordon dunaire littoral modifiant profondément le paysage et les activités des habitants. « Borné d’un coté à la mer océane, d’autre à la châtellenie de Saint Gilles, la rivière de Vie entre deux ; (cette rivière appartenant à la seigneurie de Rié, avec droit d’ancrage dans le port de Saint Gille) d’autres à la terre du Fenouiller, la vie entre deux ; d’autre à la baronnie de Commequiers, et à la châtellenie de Soulandeau, le Ligneron entre deux ; d’autre à la châtellenie du Perrier, et d’autre aux terres de l’ïle de Monts, l’Acheneau qui se rend au Porteau du cul de sac entre deux ... » (aveu de la Baronne Marie de Beaucaire le 22 mai 1591).

A partir de l’île de Rié, de l’époque gallo-romaine jusqu’à la fin du XVIIème siècle, les habitants de Saint Hilaire de Riez, de Notre Dame de Riez et de Croix de Vie, ont vécu isolés du reste des terres du Bas Poitou. Au moyen-âge, l’île de Rié est une des plus ancienne seigneuries de la région avec celle de Commequiers. Sur l’île il existe alors, pour la défense, une motte féodale : " Castellum de Riede". Elle sera détruite en I356 par le seigneur de Rié pour y construire l’ancien château. En 1860 Mourain de Sourdeval distinguait encore une construction carrée, nommée le Parquet où se rendait la justice seigneuriale. Aillery en 1860 précise que sur une pierre saillante du côté du midi, les armes de la famille de Martel, seigneur de Rié étaient encore visibles. Aujourd’hui ce qu’il reste de cette construction abrite le bureau du tourisme. Au XVIIème le bourg de Notre Dame de Riez était entouré de fortifications et notamment de trois bastions ( probablement " les trois châteaux "). Ils permirent à Soubise, en 1622 de tenir Louis XIII en échec. Le Roi ne put prendre que l’un d’eux.

Les dépendances de la baronnie :

Face à Saint Gilles, la côte de l’île de Rié était déserte en 1542 et constituée de sables et de rochers. Elle appartenait au petit fief de la Motte Ruffée qui dépendait de la Baronnie de Rié. Son château situé près de l’actuel quai Gorin. occupait une position stratégique à l’extrémité d’une longue presqu’île bordée des marais de la Sourdinière, au nord et par la rivière la Vie, à l’est et au sud. Le baron percevait des droits de péage pour les gabares ou bateaux qui empruntaient Ia rivière. Au milieu de cet estuaire une petite île fixa progressivement les alluvions et au XVIème siècle un hameau y fut construit. Il sera à l’origine d’un petit village nommé La Croix de Rié puis La Croix de Vie. En 1613 une chapelle y fut ouverte dédiée à la Sainte Croix, cette chapelle étant une annexe de la paroisse de Saint Hilaire. Elle devint paroisse en 1690 sous le nom de Sainte Croix de Vie. Un premier port sera construit par la baronne de Rié dans l’anse de l’Adon, coude de la Vie. Le vieux mole est un vestige de ce port. A l’abri de ce môle le port se développa au XVlIIème siècle avec le commerce du sel et du blé. Notre Dame et Saint Hilaire de Rié.

Un peu plus éloignées de la mer, sur des plateaux anciens en bordure des marais de Rié se trouvent les terres sableuses de la Marzelle. de Loison et Notre Dame de Riez. La Doyenne était l’un des plus importants hôtels nobles de la baronnie. Il y avait aussi le Fief de la Martinière, à cheval sur les deux paroisses de Saint Hilaire et Notre Dame de Rié. Cette dernière était la ville du marais où se tenait tous les huit J’ours, sous des halles, un marché très important. L’hôtel d’Aubigné du XVème siècle fut habite au XVIIIème par la famille de la Rochefoucault qui possédait aussi une maison de campagne à Beaulieu. Entre Saint Hilaire et Saint Jean de Monts, il existait une bande de terres alluvionnaires appelée cordon des Mattes. Isolée, elle servait de pâture aux moutons. De Sion à Saint Jean de Monts un cordon dunaire littoral longe l’océan. Ce cordon est relativement récent et s’amorce entre le X et XIème siècle et se terminera 700 ans plus tard. Mais les belles plages que nous connaissons aujourd’hui depuis Sion jusqu’à Fromentine, ne présentaient aucun intérêt pour les habitants de l’époque. La maison seigneuriale de la Pège, près de la Parée Préneau dépendait également de la baronnie au XVIIème siècle. Elle était entourée de terres de cultures riches. Près du chenal de Besse se trouvaient des salines qui furent exploitées jusqu’en 1650.

D’une superficie de plus de 5500 hectares, la Baronnie comprend également :

* la Bardonnerie près du Pissot, gentilhommière avec moulin rendait hommage au seigneur de Rié

* le fief celui des Plantes

* l’ancienne maison noble des Mattes

* la Tisonnière autre petit fief

* la Noue était une maison noble de la baronnie, propriété en 1620 du Sieur d’Odet de la Noue réduite en métairie au XVIlème

* la seigneurie de Saulnav fut la propriété vers 1450 de Catherine de Saint Aignan, des familles Mauclerc au XVIIème, Tinguy au XVIIIème et du général Travot sous la révolution. Les bateaux remontaient facilement jusqu’à cette seigneurie au XVIème et s’acquittaient d’un droit de péage pour emprunter l’étier de Rié

* le fief du Cloudis. Il est mentionné pour la première fois dans un aveu de 1453 ( baronnerie de Rié 1E 930 - archives de vendée). Guyon des Cloudis pour son " hôtel des Cloudis à Notre Dame de Rié " En 1516 C’est Ambroise des Cloudis qui possède ce domaine. (ADLA E980) En 1610 par succession, il revient à Renée du Chemin. La métairie est louée à des fermiers. Le 3 juin 1693 Thérèse et Anne de Bussy, leurs petites filles vendent à Alexis le Gascoirg, écuyer seigneur du Chesnet, demeurant dans sa maison noble de la Bourderie paroisse de Chasteau Neuf. Ce fief est composé d’une maison noble et une métairie plus des dépendances dans les paroisses de Notre Dame de Rié, Saint Hilaire et Croix de Vie appartiendront à cette famille pendant deux siècles. Par acte du 27 avril 1725, Dame Anne Louise Le Gascoing hérite du fief suite au décès de son père « dicte à son dénombrement » Jérôme Phélypeaux, marquis de Pontchartrain, devenu seigneur de l’Isle de Rié en 1715. La rente annuelle de cette propriété est de 150 livres plus des revenus agricoles versés aux fêtes religieuses :

* A la Toussaint 4 livres, 4 chapons et 3 gellines ( petite poule)

* A la Noël 72 chapons et 12 gelliines

* A la Caresme 10 gellines

* A la Noël et Saint Michel par moitié 8 livres de cire ...

* A Saint Ambroise, existait en 1087 un prieuré dédié à ce disciple de Saint Hilaire. Pillé par les troupes de Soubises à la fin des guerres de religions les moines en seraient partis peu après la campagne de Louis XIII. Le prieuré fut détruit à la Révolution

* A FoncIose, la source enclose fut jadis l’obiet d’un pèlerinage. Au Xlème siècle, un prieuré de St Benoit s’y était établi

* Le Terre-Fort, vaste territoire cultivable en terres lourdes entrecoupées de petits ruisseaux. On y fait de la vigne et des céréales

* La Rousselotière, Beauregard, la Baritaudière, le Marchais, les teres de la Ménanderie furent des fiefs nobles qui devaient hommage au seigneur de Rié

* Dix moulins, moulins des garets, petits et grands moulins de Rié, moulin de la Ménanderie etc …

Outre les terres et diverses propriétés dépendantes de la baronnie, ainsi que les quelques droits de péages subsistants sur la rivière La Vie, les salines sont encore une source de revenus non négligeable dans !e secteur de Croix de Vie, notamment ceux du Marais salant de Savin et ceux de Saint Hilaire de Rié, soit environ 10 à 12000 aires au moment de l’acquisition par De Martel. Il faut ajouter les produits de la pêche, l’élevage en prés doux et salés et la culture des céréales. Voici l’importance de la baronnie qui va être acquise par René de Martel du Pé en Saint Jean de Bouguenais au XVIIIème siècle. C’est à partir des documents retrouvés au château du Pé à Saint Jean et confiés par le fils de M. Gauthier à notre société d’histoire qu’il a été possible de vous rapporter l’historique des évènements qui vont suivre.

Historique des seigneurs et barons de Rié :

Au XIème siècle, Ramnulfe, seigneur de Rié confirme le don de l’église de Saint Hilaire aux moines de Saint Cyprien, Ses fils, en 1050, y ajoutent une terre avec prés et bois appelés la Fenêtre (cartulaire de St Cyprien). Vers le XIème siècle, des navires pouvaient faire le tour de l’île de Rié en contournant l’éperon des Mattes. Le Ligneron n’avait pas encore été détourné vers la Vie et son cours était remonté par la mer. En 1075, Pierre de Bouin, seigneur de Rié, percevait une redevance sur les navires qui traversait « sa mer ». Il pouvait parler de mer car le détroit qui séparait l’île de Monts d’avec Sion était d’une dizaine de kilomètres de large.

La maison d’Apremont :

Guillaume de Rié fin XIIème Successeurs :
- Raoul de Rié
- Guillaume de Rié vers 1246 Le Bardonneau, fut une chapellenie dépendante du prieuré de Saint Hilaire fondée en 1253 par Guillaume d’Apremont, seigneur de Rié. Le prieur était chargé en autre " de loger les lévriers et autres chiens du seigneur de Rié , quand il y est avec ses gens, de leur fournir la paille et le pain, enfin de fournir aux prêtres de la paroisse qui sont au nombre de vingt cinq, le vin pour la célébration de leurs messes... Ce Prieuré était en ruine depuis le XVIème siècle quand de Martel en fit l’acquisition.
- Guy de Rié vers 1343
- Raoul de Rié, frère du précédent
- Gallois de Rié
- Jeanne sa fille (future dame de Vivonne) Puis la seigneurie passe ensuite dans la Maison de Vivonne

La maison de Vivonne :

Jeanne épouse Savary de Vivonne vers 1350 Renaud de Vivonne meurt sans enfants Isabelle sa soeur future comtesse de Penthièvre

La Maison de Penthièvre :

Isabelle épouse Charles de Châtillon, comte de Penthièvre

La Maison de Brosse :

Nicole épouse Jean de Brosse en 1437 René de Brosse en 1501 Jean de Brosse Charlotte de Brosse, sa nièce semble-t-il.

La Maison de Luxembourg :

Charlotte épouse François II de Luxembourg Sébastien de Luxembourg épouse Marie de Beaucaire en 1564. C’est elle qui fera beaucoup de bien pour sa baronnie et ses habitants. Ce sont une partie de ces actes qui ont été trouvés au château du Pé à Saint Jean par M. Pierre Gauthier. Marie de Beaucaire décédera en 1613 et ce sera la dernière baronne de Rié. Aujourd’hui encore, malgré les siècles passés, sa mémoire est toujours vénérée par les anciens de Saint Gilles et Saint Hilaire. Ses successeurs héritiers ou acquéreurs du domaine, s’intéresseront uniquement aux revenus qu’ils pourront en obtenir.

La Maison de Lorraine :

Marie de Luxembourg épouse le Duc de Mercoeur en 1573

La Maison de Vendôme :

Françoise de Lorraine épouse César de Vendôme en 1623 Marie Jean Baptiste de Savoie en 1664 Jusqu’alors nous avions eu des changements de familles par successions d’héritages. Les prochains propriétaires seront des acquéreurs.

Première vente à :

Jérôme Phélyppeaux Comte de Pontchartrain en 1715. Il est le fils d’un ministre de Louis XIV. Il était destiné à l’église, borgne à la suite de la petite vérole, il est formé par son père aux affaires et devient en 1699 ministre de la Marine et de la Maison du roi. C’est un incapable mais il sait se faire valoir près du roi se créant ainsi beaucoup d’ennemis. Il épouse en première noce Eléonore de la Rochefoucauld puis en 1713 Hélène Angélique de l’Aubespine. Cette année là, il achète le château de Palluau et obtient du roi le droit d’achat de la baronnie de l’île de Bouin en 1714. L’année suivante il achète celle de Rié. Sa déchéance est proche, car le roi meurt et le régent l’oblige à se démettre de ses fonctions au profit de son fils du premier mariage, le comte de Maurepas. En 1741 c’est le frère de Jérôme, Paul Jérôme Phélipeaux , lieutenant général des armées du Roi qui hérite de la Baronnie de Rié. Cette famille Phélyppeaux vivait à Paris rue de l’université paroisse Saint Sulpice. Sylvestre François du Chaffault, seigneur de la Guigardière à Avrillé en Vendée devient acquéreur le 23 février 1767 (minute passée par maître Doillot et son confrère, notaires à Paris)

Deuxième vente à :

René De Martel, seigneur du Pé en 1775. C’est le seigneur de Saint Jean de Bouguenais. Les du Chaffault étaient très liés avec le seigneur de Saint Jean et René De Martel était le parrain de l’un des enfants. René Elisabeth de Martel, fils du précédent reçoit dans sa corbeille de mariage cette baronnie le 22 juillet 1780 excepté les marais salants, les prés et terres labourables de la menarderie et ce qui dépend des métairies de la Costelerle et du Pinier que De Martel père se réserve de son vivant. Thérèse de Martel née Montaudouin de la Clartière, sa veuve en 1785 sera la dernière propriétaire. Après la révolution plusieurs terres vont devenir des communes dont celle de Croix de Vie qui sera rattachée à Saint Gilles sur Vie en 1967.

Comment de Martel est-il devenu Baron de Rié :

René De Martel, deuxième du nom, est le plus grand homme d’affaires de cette famille. C’est un homme de grande taille, pour l’époque, de 5 pieds 6 pouces ( 1,81m ) de visage ovale, menton rond, portant perruque sous ses cheveux grisonnants, et qui a la réputation d’être très dur en affaires avec ses métayers. Par son mariage avec Elisabeth Delavau en 1751, il devient propriétaire d’un grand domaine à Trans sur Erdre et à Riaillé. Ce patrimoine ajouté à celui qu’il possède sur Saint Jean de Bouguenais et ses environs, en fait un riche personnage. La chance et sa lucidité dans les affaires vont lui permettre d’accroître considérablement sa fortune. En effet, le commerce nantais est menacé par l’ensablement du fleuve. Depuis de nombreuses années la Loire n’est plus navigable pour les navires dépassant les 200 tonneaux, et, après la création d’un premier avant-port à Couëron, il faut, dès 1730, en créer un second plus en aval. Il sera à Paimboeuf, lieu de marais pratiquement inhabité, qui verra une ville se créer en quelques années pour héberger tous les acteurs du nouveau port. Cette mesure destinée à sauvegarder le commerce nantais, présentait le désavantage d’obliger les navires à décharger leurs marchandises dans des allèges du type gabarre ou toue pour les acheminer jusqu’au port de la capitale bretonne. Ce transport s’ajoutait aux frais déjà engagés par les armateurs et augmentait la durée du voyage. Le projet de création d’un grand port à Lorient, plus accessible, intéressait les compagnies maritimes. Les élus de la communauté nantaise voyant la situation commerciale de la ville menacée, se décident à entreprendre d’importants travaux pour l’aménagement de l’estuaire. Ils sollicitent, en 1749, à l’ingénieur de la marine Magin. Celui-ci propose de rétrécir le lit du fleuve pour en augmenter la force du courant et calibrer le chenal par le va-et-vient des marées, dont la puissance va permettre d’évacuer le sable et la vase qui perturbent la navigation. Pour rétrécir le fleuve il faut atterrir une partie des îles et construire des ouvrages : digues et épis. Ces travaux importants, Nantes n’a pas les moyens financiers de les réaliser et va faire appel à des investisseurs privés moyennant l’attribution des terres conquises sur la Loire. De Martel sera l’un des seigneurs riverains qui obtiendra l’une des plus grosses concessions. Avec De Monti de Beaubois seigneur de Launay ils ont toutes les terres à atterrir allant de Roche-Ballue à Couëron. Pour que tout soit dans sa famille, René de Martel, décide son gendre De Kérambard et son oncle De Trevelec de Ker Olivier d’acquérir celle allant de l’île Belle Ile à l’île Sardine. Ainsi à ils ont la totalité des aménagements depuis le Migron jusqu’à Bouguenais soit près de 3600 journaux. ( Plus tard, le comte d’Aux, réclamera les atterrissements situés devant sa propriété de la Hibaudière). Sans pratiquement investir d’argent ils font réaliser les travaux par des herbagers de la paroisse de Saint Jean de Bouguenais. Ceux -ci pour paiement reçoivent 2/5ème des atterrissements. Il faut entre trois et cinq ans pour que les vasières plantées en roseaux, par les courtineux, se transforment en grasses prairies. Ces herbages recherchés sont ensuite loués très cher au bouchers nantais pour mettre leurs bovins à pacager. Les populations consomment de plus en plus de viande. Les terres conquises sur le fleuve, riches en limon, produisent une herbe grasse et donnent des foins de regain d’excellente qualité ; aussi vont-elles être l’objet d’une très forte spéculation dont vont profiter les atterrisseurs. René de Martel accroît ainsi sa fortune ce qui lui permet d’investir dans le commerce triangulaire. Il achète des titres dans l’une des deux sociétés d’assurance maritime où figure tout le haut négoce nantais. En 1767, peu avant l’achat de la Baronnie de Rié, le domaine du Pé devient une juridiction. Celle-ci permet au seigneur d’avoir un pouvoir judiciaire, si restreint soit-il, qui ne pouvait mieux tomber pour lui, compte tenu du procès qui l’oppose à ses vassaux. En 1787, il existait au moins deux sergents " spéciaux pour Saint Jean de Bouguenais", Jean François Michel du Pellerin et Pierre Loret de Saint Pierre de Bouguenais. En 1763, les revenus annuels de René de Martel sont de 14 471 livres dont 13 771 pour les biens terriens. Sur les 11 métairies qu’il possède, 6 dépassent les 1000 livres de revenus, les bois en procurent 744, les vignes 856, le moulin situé à l’entrée du château côté Est, 60 livres et les prés isolés 525 livres. En 1775 il achète la baronnie de Riez, située près de Saint Gilles en bas Poitou à monsieur du Chaffault. Le tout estimé à plus de 100 000 livres. Pour financer cette dépense de Martel vend une partie de ses atterrissements. Comme on le constate les atterrissements atteignaient une valeur marchande exorbitante en quelques années.

Prise de possession de la baronnerie de Rié :

La prise de possession de la baronnie par son nouveau propriétaire René de Martel, s’accompagne d’un rituel qui se déroule de la façon suivante. Accompagné des notaires de la cour Royale de Nantes rédacteurs du contrat de vente, le seigneur du Pé se rend au bourg de Saint Hilaire de Riez. Après une ou deux étapes depuis le château du Pé, il arrive en début de matinée « Lequel nous a dit avoir requis notre transport (les notaires) pour le mettre en la réelle et actuelle possession des terres, fiefs et seigneuries... ( voir liste chapitres précédents) acquis par le seigneur marquis de Martel et son épouse d’avec Sylvestre François du Chaffault, seigneur de la Guigardière ... pour la somme de 100 000 livres... Ce que lui voyant, nous nous sommes en sa compagnie transportés à l’église paroissiale du dit Saint Hilaire, où étant le dit seigneur marquis de Martel et co-ayant les droits de prééminences appartenant à ce seigneur... ou a pris liville et corporelle possession, pour être entrés en nos présences dans la même église, y a pris eau bénite à lui présentée par le recteur, en a donné aux personnes présentes et avoir fait les actes de religion accoutumés, le dit seigneur de Martel est allé se placer dans le banc seigneurial, qui est au choeur de la dite église, lequel il a ouvert et fermé et où il nous a fait remarquer l’écusson et armoiries des dits seigneurs Du Chaffault, ses vendeurs.. Sortis de la dite église le dit seigneur marquis de Martel étant avec nous dans le cimetière, à la passée d’icelui à l’endroit du pôteau où sont les armes de la seigneurie et faute d’auditoire sur les lieux pour l’exercice de la juridiction et des dittes seigneuries, a fait faire appel et l’évocation des vassaux d’icelles à l’endroit de laquelle ont comparus et sont présents... ( listes des vassaux présents) vassaux et sujets des dits fiefs et seigneuries.... » Puis le seigneur de Martel , accompagné de son aréopage de notaires et vassaux, va visiter un à un les différentes parties de son nouveau domaine. Chaque fois il fait préciser ses droits à ses vassaux ou divers exploitants de ses biens. Lorsqu’il arrive dans ses bois « y a coupé et fait couper bois »( branches ou arbres ?). Il visite aussi les moulins, entre dans chacun comme ceux de Rié « dans lequel moulin et logement d’icelui le dit seigneur marquis de Martel est entré, après en avoir ouvert et fermé les portes et fenêtres et a fait feu et fumée en celui logement et a le dit seigneur circuité et environné les dits fiefs et seigneuries et généralement a fait tous les autres actes requis et nécessaires pour lui acquérir bonne et vallable possession des dites terres fiefs et seigneuries ... aux fins de la susditte acquisition dans toutes les circonstances et dépendances, recours au sus-dit contrat de vente à cet effet. En laquelle possession, nous dits notaires avons mis le dit seigneur acquéreur sans aucun trouble ni opposition venus à notre connaissance. A l’endroit, le dit seigneur marquis de Martel a dit et déclaré que s’étant obligé par son susdit contrat d’acquisition de faire l’éventillement d’estimation de chaque des dites seigneuries lui vendues sur le prix de son dit contrat d’acquisition ... » Liste de ce qu’il vend pour payer sa seigneurie. Compte-tenu de l’importance de la baronnie, cette prise de possession se déroula sur plusieurs jours.

Pourquoi l’achat de la baronnerie de Rié :

Avec les revenus de ses terres et sa baronnie qu’il sait très bien gérer, il transforme le vieux château du Pé en une ravissante demeure, avec un très beau salon de style louis XVI et un grand bassin d’agrément pour le canotage. Une nombreuse domesticité est au service du propriétaire. Il donne de nombreuses réceptions où se retrouvent toute l’aristocratie et la haute bourgeoisie nantaise. Les invités arrivent en bateau à voiles jusqu’à l’entrée nord de la propriété. (Là où passe le chemin piétonnier), Les anneaux d’amarrages étaient encore visibles il y a peu d’années. Les fêtes somptueuses se déroulent dans le parc, à la belle saison, et des feux d’artifices sont tirés au-dessus du grand bassin situé en contre-bas de la terrasse sud. Les chasses au gibier d’eau et de terre sont aussi au programme des réjouissances. La battue au blaireau, réservée à la noblesse, est particulièrement néfaste aux cultures, dégradées par le passage des meutes de chiens et des chevaux. C’est sans doute au cours de ces réceptions que vont se nouer les tractations en vue du mariage des enfants du seigneur du lieu. Les alliances seront faites par contrat, avec de puissantes familles. On dit que l’argent attire l’argent, on va encore le vérifier avec le mariage du fils aîné du seigneur du Pé. René de lvlartel, père, cherche un bon parti pour son fils et dans le même temps un autre personnage, Nicolas Montaudoin, le plus riche armateur sur la place de Nantes cherche à marier sa fille unique. Ce riche bourgeois, issu d’une famille de cordonnier, a atteint les sommets dans le commerce de traite. Sa fortune est considérable, mais pour satisfaire son ambition, il recherche un titre de noblesse pour sa famille. Les deux personnages se connaissent par leurs affaires, et c’est ainsi que va se faire à la satisfaction des deux parties l’un des plus importants mariages de l’époque dans la région. René Elisabeth de Martel amène dans la corbeille de noces un titre de noblesse plus la baronnie de Rié et Thérèse Montaudoin sa fortune. C ’est le 22 juillet 1780 que l’on procède, à la signature du contrat de mariage. « Proposé entre haut et puissant seigneur René Elisabeth Martel, chevalier baron de Rié, seigneur de Pannecé en Trans, fils de haut et puissant seigneur René Martel chevalier marquis de Martel Du Pé, seigneur du Houssais, La Malloraye et autres lieux, et de Feüe haute et puissante dame Marie EIisabeth Delavau, dame de la Barre Théberge et de Pannecé en Trans son épouse et demoiselle Thérèse Montaudouin, fille de feu Messire Nicolas, ,Montaudouin, seigneur dle la Clartière et des vicomtés de la Rabatelière, Jarie, Raillière et autres lieux et de clame Anne Montaudouin son épouse, à présent sa veuve. Par devant les conseillers du Roy notaires de Nantes soussignés furent présent le dit seigneur de Martel en futur époux, majeiur, contractant en présence et de l’agrément du dit seigneur de Martel son père, demeurant ensemble à leur château du Pé, paroisse de Saint Jean de Bouguenais d’une part et la dite demoiselle Montaudouin future épouse, mineure, contractante, en vertu du décret de son mariage, émané par sentence de la juridiction des réguaires de Nantes du 20juillet, présent mois, du consentement et agrément et sous l’autorité de la dite dame veuve Montaudouin de la Clartière sa mère et tutrice, présente en autorisation demeurant ensemble en cette ville quay de l’Hopital, paroisse de Sainte Croix, d’autre part. Entre lesquels, encore en présence et de l’avis et agréments de leurs autres parents et amis communs, soussignés, ont été réglé et arrêté les conventions qui suivent ... Article 4 En faveur du mariage le seigneur Martel, père fait au seigneur Martel, futur époux son fils, donation irrévocable en tous droits de propriété et sans aucun rapport au partage futur de sa succession, de la terre et Baronnie de Rié avec ses appartenances et dépendances, situées près de Saint Gilles en Bas Poitou, diocèse de Luçon, par lui acquise de la même manière et tout ainsi que M. du Chaffault l’a achetée de M le Marquis de Pontchartrin par contrat du 23 février 1767 au rapport de Me Doillot qui a en garde le minut et son confrère notaire à Paris, ensemble des fiefs de la matye Ménard qui ont été réunie à la dite Baronnie pour la consolidation qui en a été faite dans la personne de mon dit sieur du Chaffaut lors de la dite acquisition par lui faite de la même Baronnie. N’entendant excepter de la donation que les marais salants, les prés et terres labourables de la Menardière et ce qui fait partie des métairies de la Costelière et du Pinier qui sont actuellement des annexes de la dite terre de la Ménarderie, tous les quels objets seront exclus et séparés de la présente donation et ne seront pas compris sous les noms et dénomination de dépendance de la dite terre et baronnie de Rié dont la valeur est estimée à 100 000 livres ...parce que le seigneur futur époux, au moyen de la dite donation, qu’il accepte en tant que de besoin, renonce expressément et irrévocablement de rien prétendre au legs universel du marquis de Martel, auquel il avait été appelé à défaut du seigneur Martel père, par son testament du 13 octobre 1769. Article 7 Si la future épouse renonce à la communauté, elle reprendra et sera quitte de toute dette, chargera de faire tout ce quelle justifiera y être entrée de sa part et lui être échu par succession, donations, legs ou autrement, de plus ses habillements, linge etc.. une somme de 3000 livres pour lui tenir lieu de trousseau ou chambre garnie et si la renonciation se fait après le décès du futur époux, elle prendra en outre un carrosse avec deux chevaux et leurs harnois et s’il n’y en a pas il lui sera compté 1500 livres pour lui en tenir lieu et enfin elle aura dans ce dernier cas, une somme de 1500 livres pour ses habits de deuil et ceux de ses domestiques. Biens en Poitou : Le préciput de la Ménanderie 350 livres Les objets qui ne sont pas des métairies 145 livres Le pré de Rié 162 livres Les marais salants du marais Savin 220 livres les marais salants du marais situés sur St Hilaire 45 livres La rente due sur le moulin de la Ménanderie 40 livres Plusieurs métairies, au fief de la Motte, la petite Martinière, la Baronnie de Rié 4400 livres soit un total de 14 973,13 livres 3 deniers ».

Le jeune couple aura 3 enfants qui décéderont en bas âge. En 1786 René Elisabeth meurt d’une maladie à Nantes. Sa Veuve Thérèse hérite de la Baronnie de Rié. Elle n’a plus ni enfant ni époux. Pendant les guerres de Vendée, elle sera emprisonnée 7 mois au Bon Pasteur, pendant l’été 1794, pour avoir hébergé les ursulines, chassées de leur couvent. Libérée en novembre, elle viendra en aide à son beau-père envoyé par Carrier, avec les 132 nantais, à Paris, pour y être jugé et exécuté. La robustesse du vieil homme, l’argent et la chute de Robespierre lui rendront la liberté... mais sa santé est très dégradée et il meurt peu après en l’an IV. Après la tourmente, Thérèse de Martel va se battre pour récupérer ses propriétés, mais une partie de la Baronnie de Rié a été vendue et démantelée. L’héritière consacrera alors une part importante de sa fortune pour la restauration de la religion. Ce sera une bienfaitrice de toutes les oeuvres de la paroisse nantaise et de celle de la commune de la Rabattelière en Vendée dont elle fait reconstruire l’église. A son décès, à l’âge de 64 ans, le 15 janvier 1826, elle laissait une fortune estimée à 906 928 Francs. Il a fallu à plusieurs notaires plus d’un mois pour recenser tous ses biens. Conformément à ses voeux, elle repose dans le caveau de l’église de la Rabattelière. La découverte de son tombeau ne date que de 1973. Lors des travaux de restauration de l’église il a été retrouvé dans le choeur, l’entrée du caveau qui occupe toute la largeur de la nef, entre les trois premiers bancs et dont la surface est d’environ 20 m². Dans ce caveau il y a deux tombeaux. Celui de Charles Bruneau fondateur de la paroisse et celui de Thérèse de Martel- Ainsi s’éteignit la Baronnie de Rié. Si vous visitez un jour cette église vous y verrez la plaque tombale en marbre noir à l’épitaphe de Thérèse de Martel, ainsi qu’une plaque de cuivre écrite en latin rappelant ses bienfaits pour la paroisse. Aujourd’hui peu de vestiges subsistent de la baronnie. Un camping " le vieux château " à Saint Hilaire de Riez rappelle l’emplacement du château. Seule une partie de l’église de Croix de Vie et la chapelle Notre Dame de la Pitié construites par Marie de Beaucaire au XVIème, dans le cimetière de Saint Hilaire, sont encore visibles.

Sources :

Beauchet-Filleau, dictionnaire des familles du Poitou, Poitier 1891 Mourain de Sourdeval, chronologie des seigneurs de Rié, Sté des Antiquaires de l’Ouest 1869 La Baronnie de Rié, 1404-1730 ( inventaire- Fillaudeau ) Arch 85, IE 930-995 Joel Crestois.Le Pays de Riez Cahiers de Riez n° 7 ADLA notaire Joyau Archives privées du Pé Eglise de la Rabattelière