MOSE, un illustrateur humoristique


Qui à St Jean de Boiseau connaît Mose ?

Bien peu de gens il faut l’avouer. Pourtant beaucoup d’entre-nous ont eu un jour l’occasion d’apprécier son travail lors de la lecture d’un magazine. Le destin a pourtant fait que ce personnage, oh combien célèbre dans le monde entier, vit le jour dans notre petite commune des bords de la Loire.


Les heures sombres de la "Grande Guerre ", comme on disait alors dans nos villages, voient la jeunesse quitter le foyer familial pour défendre la patrie. La liste des victimes s’allonge de jour en jour et les usines d’armement manquent de main d’œuvre. C’est le cas pour l’arsenal d’Indret dont la production a dû s’adapter aux besoins urgents de l’armée. Les machines du cuirassé " La Gascogne ", en cours de construction, sont stoppées ( le navire ne sera jamais terminé) et ordre est donné par l’état de fabriquer des obus de 75, des affûts de 155 et autres munitions diverses. Malgré les départs au front des jeunes ouvriers, l’effectif passe de 1200 à 3000 personnes en 1918.

C’est ainsi qu’un certain Eugène Jean-Baptiste Depond vint travailler à l’établissement de la marine nationale début janvier 1917. Les Depond habitaient alors une petite maison située dans le quartier de la place de la République à Boiseau. Neuf mois plus tard, Eugène se rendit à la mairie de Saint-Jean de Boiseau (à 11 heures du matin) pour y déclarer la naissance de son fils Moïse Auguste né à 6 heures le 9 octobre 1917.

De cette prime enfance, il n’a qu’un an, Moïse n’a gardé aucun souvenir car une fois la terrible guerre terminée son père retourne en Touraine à la fin de l’année 1918. Les seules choses dont il se rappelle c’est d’avoir entendu ses parents et sa sœur aînée, qui vît à St-Gilles-Croix-de-Vie, raconter les voyages maritimes forts agréables sur la Loire par le bac et l’abeille.

Sa jeunesse se passe à Tours, quartier Velpeau, et ses études au lycée Descartes de cette ville où il obtient son bac de Philosophie en 1936. De cette époque scolaire il garde le souvenir ému d’une amitié aujourd’hui rompue par le destin. « La première personne célèbre que j’ai rencontrée, ne l’était pas encore. C’était au lycée Descartes. Cette personne était un garçon de 14 ans, à peu près, qui avait un nez rond dans un visage rond, des cheveux blonds et plats et un des seuls élèves de cet âge à porter encore des culottes courtes avec des chaussettes de laine épaisse à revers, bien tirées jusqu’au genou. Son professeur de français, en troisième A, si je ne me trompe, était Monsieur Cavalier. Chaque fois qu’en cours, il y avait du Molière, du Racine, du Victor Hugo au menu, des vers ou de la prose, il offrait son estrade à Jean … et ce garçon interprétait, récitait, déclamait s’il y avait à déclamer, s’enflammait si le texte l’exigeait. Moi, j’étais un peu plus vieux de deux ou trois ans … et je retrouvais Jean, hors classe, dans un petit groupe, qui, par les bons soins et l’argent d’une jeune femme appelée non pas Egérie mais Marthe Romain, publiait très régulièrement, un opuscule poétique de deux modestes feuillets, intitulé ; L’Arc ... C’était alors de notre âge et de l’époque, de " faux-monnayeur " mallarmisant … Mais hormis ces occupations littéraires nous avions Jean, moi et les autres un point commun : notre professeur de Mathématiques, Monsieur Gagneux … qu’on surnommait Pitch et que nous chahutions à longueur de cours. (Il faisait des calembours pas très fameux). Il faut dire que déjà, Jean travaillait au " rideau de Tours " une petite compagnie de théâtre amateur dirigée par le comédien et metteur en scène Jean Jacques Delbo ».

Cet ami d’enfance s’appelait Jean Carmet. Ils se rencontreront souvent bien des années plus tard devant un bon Bourgueil pour évoquer ces années de jeunesse et le pauvre Monsieur Pitch. Parallèlement à ses études, Moïse s’était inscrit aux cours du soir à l’école des Beaux-Arts pour s’y perfectionner en dessin. En 1938 il exerce le métier d’enseignant intérimaire dans une école publique à Loches.