François Chevalier, un cycliste méconnu


François Chevalier, est né à La Montagne, rue du Port, le 14 mars 1893. Il est le fils de François-Joseph Chevalier, manœuvre et d’Émilie Thibaud. Il fut l’un des pionniers du cyclisme régional nantais. Bien qu’il n’ait remporté que peu d’épreuves, il fut un coureur cycliste reconnu pour son endurance. Il a participé à pratiquement toutes les grandes courses cyclistes françaises entre 1913 et 1930. Il fait partie de l’histoire du Tour de France et a couru contre les plus grands champions de son époque.


Les débuts :

En 1911, il s’aligne au Circuit Français Peugeot et au premier Circuit de l’Ouest (ancêtre du Tour de l’Ouest) qu’il termine 22ème. Il y gagnera plus d’argent que pour son premier Tour de France. Satisfait de ce premier résultat dans une épreuve nationale il envisage de faire les Grandes Classiques et le Tour de France comme touriste routier.

Le Tour de France :

Depuis qu’il a commencé à courir, François Chevalier a constaté deux choses : il ne sera jamais un grand champion car il manque de vélocité et il n’est pas rapide au sprint, mais il est d’une endurance hors du commun et récupère très bien de ses efforts. Plus les conditions de course sont difficiles, plus la météo est mauvaise, meilleurs sont ses classements. Fort de cette analyse, il décide de s’inscrire à l’âge de 20 ans, dans la plus dure des épreuves : Le Tour de France.

Tour de France 1913 :

En 1913, François Chevalier n’a pas obtenu de grands résultats pour son début de saison, il chute au Grand prix de Saint-Père-en-Retz, dans la catégorie cantonale, et se trouve contraint à l’abandon sur blessure. Pourtant, il s’est fixé comme objectif de disputer le Tour de France. Pour sa préparation il s’engage dans la course Nantes-Rennes-Angers-Nantes. Rassuré sur sa condition physique, il adresse son engagement au journal l’Auto pour disputer la "Grande Boucle" dans la catégorie des isolés.

Le départ est donné de Boulogne Billancourt le 29 juin à 140 partants dont 8 équipes professionnelles et 88 isolés. François Chevalier porte le dossard 106. Il n’a pas de manager personnel, mais Henri Desgranges, depuis 1909, en pourvoit un pour l’ensemble des isolés. Un manager pour 88 concurrents, autant dire que celui-ci s’apparente plus à un commissionnaire chargé de solutionner quelques problèmes d’intendance. Des prix spéciaux sont attribués pour cette catégorie ainsi qu’une indemnité journalière de 5 francs pour les cinquante premiers de chaque étape terminée.

La sixième étape est particulièrement difficile puisqu’elle traverse les Pyrénées, par les cols d’Oschquis, de l’Aubisque, du Soulor, du Tourmalet, d’Aspin et de Peyresourde soit 326 kilomètres entre Bayonne et Luchon. Les Pyrénées, François Chevalier ne les connaît que par ce qu’il a retenu des leçons de géographie de son instituteur de la Montagne et les récits des concurrents plus anciens encore en course. Il part donc pratiquement dans l’inconnu, à peine 24 heures après son arrivée à Bayonne. Lorsque le départ est donné aux 55 rescapés, notre champion local n’est plus très vaillant. Les pentes des grands cols le font terriblement souffrir, mais il passe malgré tout tous les obstacles et c’est alors la descente du col de Peyresourde vers Luchon :
- Au début de la descente, il y a trois virages très secs. Je descendais à 70 ou 80 à l’heure. J’ai bloqué mes deux freins et les têtes de rayons sont passés à travers la jante. Le boyau n’a pas crevé, mais je n’avais plus de roue avant.

Il abandonne, presque dans l’anonymat, dans un petit village pyrénéen, devant l’oeil curieux de quelques rares paysans attirés par ces hommes ahanant sur leur bécane couverte de poussière. Le dossard 106 a rendu les armes et rentrera à la Montagne, en train, avec son vélo et sa petite valise. Il confiera plus tard :
- J’aimais pas trop la Montagne et j’étais pas très rapide au sprint, mais ils ne me lâchaient pas facilement. Ferdinant Le Drogo m’a dit un jour : t’es toujours là quand même et si l’on crève, tu nous baises... mon meilleur ami fut Eugêne Christhophe. Il donnait toujours un coup de main. Henri Alavoine était bien aussi. Celui là ,il nous faisait rire.

Tour de France 1919 :

Engagé pendant la guerre 14-18 il reprend les compétitions sportives en 1919. Cette année 1919 ne va pas lui apporter de grands résultats, il est toujours militaire et il dispose de peu de temps pour s’entraîner correctement. Cependant, il obtient une permission exceptionnelle pour disputer le Tour de France qui emprunte le même itinéraire qu’en 1913. F. Chevalier est classé dans la catégorie A, c’est à dire avec les professionnels et il porte le dossard numéro 4. Il n’y a que 68 partants au départ du Parc des Princes.

Beaucoup de ceux qui s’alignent au départ n’ont pas récupéré des affres de la guerre. Ils manquent de condition physique pour affronter une telle épreuve. C’est le cas pour F. Chevalier qui abandonne dans la première étape, Paris-Le Havre.

Tour de France 1920 :

L’année 1920 voit F. Chevalier s’aligner dans le Tour de France pour la troisième fois. Il est classé dans la catégorie deuxième classe sous le dossard 105 (il y a trois classes). Il y a 131 partants, dont 31 professionnels de 1ère classe. Le parcours et les étapes sont les mêmes que les années précédentes. Il a peaufiné sa condition dans d’autres épreuves de longue haleine comme Bordeaux-Paris. Peut-être en a-t’il trop fait, car, il est éliminé dès la première étape, victime de ses efforts pour rejoindre l’arrivée, après de multiples crevaisons.

Tour de France 1921 :

François Chevalier concoure en catégorie deuxième classe sous le dossard 127. Une nouvelle fois F. Chevalier sera contraint de terminer dans le fameux camion balai lors de la sixième étape.

Tour de France 1922 :

François s’est engagé dans la catégorie deuxième classe avec le dossard 144. Il abandonne dans la troisième étape.

Tour de France 1923 :

85 touristes-routiers dont fait partie François Chevalier sont au départ. Il porte le dossard 224.

Il a obtenu le soutien matériel de la firme nantaise Petit-Breton. La famille du défunt champion s’est prise d’amitié pour François et l’emploi à l’année dans son atelier de fabrication de bicyclette.

Mais, décidément cette étape est maudite pour F. Chevalier qui bute une nouvelle fois sur les cols des Pyrénées et abandonne.

Tour de France 1924 :

L’année 1924 est l’année de la consécration pour François Chevalier. Il a participé à Bordeaux-Paris, Paris-Roubaix et Paris-Tours avec succès. Il s’aligne une nouvelle fois au départ du Tour de France avant de disputer Paris-Nantes. La presse régionale et ses supporters reconnaissent ses qualités foncières, mais saura-t-il franchir la montagne ? D’autant plus qu’après les Pyrénées il y aura les rudes cols alpestres.

F. Chevalier est dans la catégorie touristes-routiers avec le dossard 201. Il y a 157 partants, 43 champions, 11 deuxièmes classes et 103 touristes-routiers. Il est équipé par la marque nantaise, de son employeur, Petit-Breton.

Le 20 juillet c’est l’étape de l’apothéose, Dunkerque-Paris, sur 343 kilomètres, avec arrivée au Parc des Princes. Le vainqueur sur le vélodrome est Bottecchia, leader du Tour qu’il a dominé. F.Chevalier arrive 48 ème en compagnie de Miège et Rho. Cette fois Chevalier peut dire : je suis un Héros du Tour de France. Au classement général il est 58ème sur 60 classés et 37ème des touristes-routiers. Bottecchia a mis 226 h 18 pour parcourir les 5425 kilomètres de l’épreuve et F. Chevalier 269 h 35.

Tour de France 1925 :

e départ est donné le 21 juin, de Paris au Luna-Park, avec départ réel au Vésinet. François Chevalier est en forme et toujours équipé en matériel par les cycles PETIT-BRETON. Il porte le dossard 105 dans la catégorie des touristes-routiers. Il y a 130 participants dont 39 champions en équipe. Il prend le départ avec quatre amis :

- Gelot, le gendarme volant, de Sainte-Hermine en Vendée.
- Chalabert et Broussard de Saint-Nazaire.
- Leprenant de Granville.

21 juin, première étape Paris-Le Havre sur 340 km. Le Tour est à peine démarré que F. Chevalier est victime d’un accident : Tout ensanglanté, il se relève, puis, après avoir examiné sa machine, il remonte en selle et continue sa route : Avec mon bras gauche accroché à un boyau et conduisant d’une seule main.

Tour de France 1926 :

Chevalier a maintenant 33 ans, il est l’un des plus vieux inscrits pour ce 20ème Tour de France.

Il n’y a que 126 concurrents dont 82 isolés sur les 117 inscrits. F. Chevalier porte le dossard 157.

Le 8 juillet, onzième étape, Luchon-Perpignan. Victoire du futur vainqueur du Tour, le Belge Lucien Buysse.

F. Chevalier n’a pas récupéré et peux-être même a-t-il pris froid ? Ce qui est sûr c’est qu’il abandonne en compagnie de Toussaint et Besnier. Il monte dans le camion balai très déçu pour lui et ses supporters qui l’attendent au pays. Il ne le sait pas encore en cet instant, mais il dit définitivement ADIEU au Tour de France. Il fait partie des GEANTS DE LA ROUTE qui ont écrit une page d’histoire de la plus grande épreuve cycliste du monde.

Outre le Tour de France il disputera et terminera pratiquement toutes les grandes courses classiques de son époque. En 1925, Il obtient le titre de recordman de France du plus grand nombre de kilomètres de courses sans abandon.

Nota : Ceci n’est qu’un extrait du bulletin N° 21 qui comporte plus de 50 pages sur l’ensemble de la carrière et les mémoires de ce personnage haut en couleur.