Les anciennes mesures en Loire Inférieure


Avant le XIX° siècle, la diversité des unités de mesures était telle que le simple fait de changer de village déroutait le voyageur qui se trouvait complètement démuni de points de repère. Même la justice éprouvait parfois des problèmes avec cette anarchie de systèmes différents.

Ne souriez pas :

Ainsi au cours d’un procès qui eut lieu le 13 janvier 1893 à propos d’une rente foncière de 4 hl 3 dal 4 l et 7 cl de blé froment ( 434,07 litres) fixée par deux actes en date des 16 novembre 1789 et 18 juillet 1819 qui stipulait « 22 quartauts et demi de blé froment de la mesure de Prigny », toute une bataille juridique apparaît pour savoir si le quartaut vaut 19,32 litres, 18 litres, 18,5 litres, 19,92 litres ou bien encore 20 litres. Le tribunal « se trouve dans l’impossibilité de fixer la contenance véritable du quartaut ».

Sans commentaires !


L’équivalence entre mesures anciennes et nouvelles a été établie à partir d’un ouvrage écrit en 1832 et édité en 1852 intitulé :

LES ANCIENNES MESURES DU DEPARTEMENT DE LA LOIRE-INFERIEURE COMPAREES AUX NOUVELLES ET RECIPROQUEMENT PAR J.-B. PELIEU

La diversité des unités de mesures avait plusieurs origines :
- origine géographique suivant les villes, les régions, voire les mesures imposées par quelques potentats locaux
- origine liée à l’usage ou à la profession, ainsi les mesures employées pour les tissus, toiles, draps etc. étaient différentes

Leur multiplicité avec les calculs de conversion qu’elle nécessitait était une source d’erreurs époustouflantes. Certains clamaient à l’injustice car ces différences impliquaient des écarts dans le calcul des impôts suivant les régions et les humeurs des seigneurs locaux. Dès le XVII° siècle, le besoin de modifier et d’uniformiser les différents systèmes se fait sentir. Mais c’est essentiellement au XVIII° que les premières démarches commencèrent avec les premières mesures réelles d’un méridien terrestre. Aucune conséquence directe n’apparaissant, les cahiers de doléances qui furent rédigés avant la Révolution évoquèrent donc assez souvent cette gêne : « Qu’il n’y ait plus sur le territoire deux poids et deux mesures ». Soucieuse d’équité, La Révolution voulut mettre un terme à cette anarchie et décida d’instaurer un système unique pour tout le pays, ce qui irait dans le sens d’une nation "Une et Indivisible". En outre, l’adoption d’un système décimal devait simplifier les conversions nécessaires. C’est donc le 8 mai 1790 que l’Assemblée Nationalle approuvera par décret cette nécessité.

Restait à trouver une unité de mesure qui soit incontestable !

Si le pendule fut envisagé pour cela (la régularité de son battement est en effet directement liée à la longueur de son fil), la mesure sur le terrain emporta tous les suffrages. La mesure de la terre devait être refaite.

Refaite, car en effet :
- de 1735 à 1744, La Condamine dans la Cordillère des Andes avait mesuré un méridien sur 345 km.
- de 1736 à 1738, Maupertuis en Laponie a effectué la même mesure sur 112 km. Ces deux mesures avaient eu pour objectif de vérifier que la terre était aplatie aux pôles. Ce ne sera qu’en 1832 que Nathaniel Bowditch prouvera la chose (aplatissement de 1/297), chose qui fut reconnue internationalement ... un siècle plus tard.
- de 1739 à 1744, Cassini et l’abbé La Caille avaient, eux aussi, effectué une mesure semblable entre Dunkerque et Collioure.

Le choix du site allait être primordial. C’est encore un méridien qui devait être choisi, il devait être situé à cheval sur le 45ème parallèle et s’étendre aussi régulièrement que possible de chaque côté, ses extrémités être au bord de mer (niveau fixe et connu), être à la fois aussi vaste que possible (pour la précision de la mesure) mais rester dans une limite raisonnable, se situer dans un pays dont l’accès reste relativement aisé etc. Tout ceci mènera au choix de ... Dunkerque à Barcelone.

De savantes mesures et de complexes calculs arrivèrent à la solution que le quart du méridien terrestre valait 5 130 740 toises. D’où, il s’ensuivait que le mètre était égal à : 3 pieds 0 pouce 11 lignes 296 millièmes de ligne Soit encore : 443 lignes 296 millièmes ... à un millième de ligne près

Si Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre qui exécutèrent ce travail en 1792 surent qu’une de leurs mesures était fausse, peut-être n’eurent-ils pas le courage de tout refaire. Làs, le mètre allait donc vivre près de 200 ans avec une erreur de ... 0,2 mm.

De ces travaux allaient naître les mesures dérivées que nous connaissons et le dépôt officiel d’un mètre-étalon le 4 Messidor de l’an VII (22 juin 1799) aux Archives nationales. Le décret qui officialisera cette décision est daté du 17 Frimaire An VIII (10 décembre 1799)

Comble de l’ironie, malgré les demandes formulées dans les cahiers de doléances, la population demeurera réticente à adopter ces nouvelles mesures qui devaient lui faciliter la tâche. Et c’est un décret impérial de février 1812 qui autorisera le double emploi des anciennes et des nouvelles mesures. Il faudra donc attendre la loi du 4 juillet 1837 pour voir enfin le système métrique obligatoire en France à compter du ... 1er janvier 1840.

C’est en 1867 que le mètre franchit les frontières de l’hexagone et devint européen mais il faudra encore attendre 1875 pour qu’il soit adopté sur une grande partie du globe terrestre. Un second prototype sera alors déposé au pavillon des mesures de Breteuil.

Mesures de longueur

  • Mesures générales :
Désignation Conversion Équivalence
Lieue terrestre 4,44444 km
Lieue Marine 5,55556 km
Aune 1,18845 m
Toise 1,94904 m
Pied 0,32484 m 1/6 de la toise
Pouce 0,002256 m 1/12 du pied
Ligne 0,002256 m 1/12 du pouce
  1. Pour notre département nous trouvons comme mesures :
Désignation Valeur en pouces et lignes en mètres
L’aune dite de Paris 36 pouces 0,974518 m
L’aune dite de Paris 40 pouces 8 lignes 1,100844 m
L’aune des sergers 42 pouces 1,5 ligne 1,140321 m
L’aune dite de Paris 42 pouces 7,5 lignes 1,153856 m
L’aune dite de Croisic 43 pouces 8 lignes 1,182054 m
L’aune dite de Cambon 43 pouces 9 lignes 1,184310 m
L’aune dite de Paris 43 pouces 11,5 lignes 1,189949 m
L’aune dite de Bretagne 44 pouces 1,191077 m
L’aune des drapiers 44 pouces 4 lignes 1,200101 m
L’aune de Drefféac 45 pouces 1 ligne 1,220403 m
L’aune dite de Cheix 46 pouces 3 lignes 1,251985 m
L’aune dite de Vitré 48 pouces 0,5 ligne 1,300485 m
L’aune dite de Vitré 49 pouces 10,5 lignes 1,350114 m
L’aune de Bretagne 50 pouces 1,353497 m
La grande Aune 52 pouces 1 ligne 1,409893 m
L’aune nantaise 52 pouces 8 lignes 1,425683 m
La verge ordinaire 58 pouces 9 lignes 1,590359 m
La verge de Cambon 60 pouces 1,624197 m
La verge de Malville 61 pouces 1,651266 m
La verge de Châteaubriant 66 pouces 1,5 ligne 1,790000 m