Transportons-nous par la pensée au milieu du siècle dernier et assistons à un évènement local qui rassemble la grande majorité de la population. Admirons les costumes que portaient nos ancêtres et portons une attention particulière à nos aïeules toutes coiffées de leur bonnet de tulle finement ciselé. Il s’agissait là presque d’un signe de reconnaissance car chaque localité possédait son propre modèle de coiffe. C’était tellement vrai, qu’un art particulièrement difficile s’était développé. Il s’agissait de repasser ces coiffures, travail qui pouvait demander plusieurs heures de travail, cet art car c’est vraiment le mot qu’il faut employer présentait de telles difficultés qu’il n’était pas rare qu’une repasseuse confirmée pour les coiffes de sa commune se révèle incapable de ... repasser celles de la commune voisine.

St Jean n’échappait pas à la règle et avait donc développé son propre modèle ... avec ses variantes.


Les coiffes de mariées

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Coiffe du Pays de Retz
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Coiffe de mariée de St Jean

Coiffes paillées

Ses coiffes, comme toutes les coiffes du pays nantais étaient « paillées ».

Selon Paul Masson dans son ouvrage « La Dormeuse », pailler signifie tuyauter, un peu à la manière d’une fraise d’Henri IV. Outre l’aspect « artistique », cette opération permettait aux plis du fond de la coiffe, primitivement obtenus sans amidon, de donner tout le gonflant, qui d’un simple rectangle de tulle devenait un bonnet creux aux formes savantes. Pailler revenait donc à donner une certaine rigidité relative à la coiffure. Toujours selon notre auteur, on a probablement commencé à pailler le tulle vers 1850, mais seulement pour les coiffes des femmes des bourgs.

Il y avait les coiffes paillées, les câlines de deuil à bordure noire, les coiffes de travail, les coiffes de mariées dites à quatre battants, les bonnets de fillettes qui étaient tuyautés. Les plus belles coiffes brodées étaient dites "effleuries". Les coiffes en tissu uni étaient des coiffes de deuil.

Les coiffes paillées sont restées en usage jusqu’après la Deuxième Guerre Mondiale. La dernière femme de notre commune qui ait porté cet ornement est Madame Drouet, du Landas, décédée en 1955.

Le repassage d’une coiffe

La coiffe est préalablement lavée, empesée puis repassée à plat. Ensuite seulement commencera le travail du paillage. Pour cela, autrefois, la lingère se servait d’une herbe, la « guinche » qu’elle allait chercher dans les marais, aujourd’hui on se sert d’aiguilles d’acier d’environ 7/10 de millimètre. Il faut environ 120 tiges d’acier d’une longueur voisine de 30 cm pour effectuer correctement cette opération (80 tiges suffisent pour une coiffe plus petite comme celle que vous voyez ci-dessous).

Un des moments les plus délicats est arrivé. Pour effectuer ce paillage, schématiquement, vous placez une aiguille sur le tissu, puis une autre dessous, vous serrez bien avec les ongles, vous montez en suivant une diagonale et vous êtes prêts pour la ligne des cœurs (cette ligne fictive que nous illustrons ci-dessous en noir).

La technique du paillage :

On commence généralement à pailler par le bas du tissu. Première aiguille, dessus la coiffe, parallèlement à l’ourlet, à un centimètre au-dessus de celui-ci. La passer auparavant sous le lien et la caler par trois ou quatre épingles sur la coiffe et sur le lien, tête des épingles dirigées vers le haut du travail.

Deuxième aiguille, dessous la coiffe, à côté de la première (en se dirigeant vers le haut). Elle passe dessus le lien. Faire ressortir cette aiguille au-dessus de la première en tirant avec les ongles. Bien fotter avec l’ongle tout le long de l’aiguille pour donner forme au tissu. Cette aiguille on l’a vu, doit ressortir légèrement au dessus de la première pour obtenir l’effet connu sous le nom de tuyauté.

Troisième aiguille, dessus la coiffe, toujours à côté de la deuxième en allant vers le haut du travail, cette aiguille est passée sous le lien. La placer dans le creux marqué avec l’ongle le long de le deuxième aiguille.

Bien ressortir l’aiguille n° 2 entre les deux autres et la caler au dessus au moyen des ongles. Le mouvement doit obligatoirement partir de la droite vers la gauche, nous verrons pourquoi un peu plus bas. Quatrième aiguille, dessous la coiffe, à côté de la troisième et au dessus du lien. La caler au dessus de la troisième en la faisant ressortir avec les ongles. Bien former le tissu, toujours avec les ongles, tout le long de l’aiguille, etc. jusqu’à la ligne des coeurs.

Distance des aiguilles de la gauche de la coiffe :

Si la coiffe n’est pas brodée, les aiguilles arrivent à un centimètre et demi de la pliure gauche. Si la coiffe est brodée, elles longent la broderie.

Bord droit du tissu : Il doit être bien rectiligne et surtout ne pas s’incurver vers la droite, comme ont tendance à faire les débutants. Il faut pour cela, à chaque paille, ramener le tissu de la droite vers la gauche. Cet endroit du fond devra en effet se coudre sur la passe et pour cela doit en épouser la forme. Il faut aussi de temps en temps tirer le tissu vers le haut, surtout sur la droite de l’ouvrage.

Arrivée à la ligne des coeurs, du côté gauche des aiguilles. Celles-ci doivent s’y aligner et ne pas la dépasser. Leur alignement doit être rectiligne pour que le tissu soit bien réparti au retour.

Préparation du retour des coeurs :

...

Retour des coeurs :

...

Les tissus :

A partir d’un simple carré ou rectangle de tissu amidonné, la lingère en le paillant et en le formant construit un petit chef-d’oeuvre de légèreté.

Cette légèreté était due en grande partie au tisssu utilisé. A l’origine, en effet, c’était du tulle aussi fin que possible qui servait à la confection de ces coiffes. A la fin de le seconde guerre mondiale, celui-ci devint introuvable en France et le recours à l’importation fut la seule voie possible pour les puristes Néanmoins on se servait également de mousseline, de linon (qui en fait s’avérait être de la mousseline double), de la gaze (apparue vers 1900). On utilisait également du plumetis. Hélas, tous ces produits avaient un grave défaut, le paillage s’avérait beaucoup plus délicat (surtout pour le plumetis).

Les broderies et les dentelles :

Deux à trois heures ne sont pas de trop pour pailler une petite coiffe du Pays de Retz, coiffe brodée des jours de fête ou coiffe de tous les jours.

Les broderies effectuées apportaient, elles aussi, leur touche de légèreté à cet édifice tout comme les dentelles qui y étaient jointes. Pourtant les dernières coiffes brodées de la région étaient plus claires et réalisées avec des fils tirés genre broderie bretonne. Elles étaient aussi plus lourdes. La rumeur publique prétendait qu’elles étaient faites en « gardant les vaches » .

Mais les broderies revenaient très cher et leur nombre permettaient de voir si l’on avait affaire à une famille aisée ou au contraire aux revenus modestes.

A Saint Jean, il existait une grande coiffe de « grande fête » ou de mariée, coiffe à battants. Il fallait 8 heures pour repasser cette coiffe en tulle brodé, avec le fond brodé aux 7 fleurs, les 7 vertus requises pour être une bonne épouse : la foi, l’espérance, la charité, la tempérance, la justice, la force et la prudence.

Les dentelles les plus belles venaient de malines ou de Bruxelles (dentelle Binche), dentelle assez serrée, la Malines étant encore plus fine.

Plus ordinaire était celle de Calais, dentelle plus ajourée, faite mécaniquement.

Les chignons :

La coiffe est maintenant terminée ... Il ne reste plus qu’à la porter.

Oui, mais on ne porte pas une coiffe n’importe comment. Car très souvent chaque coiffe impliquait un type de coiffure, sinon l’on risque la catastrophe. Il est en effet hautement improbable que notre objet d’art puisse tenir facilement sur la tête sans suivre quelques règles élémentaires.

Autrefois, les cheveux, longs bien entendu, étaient souvent séparés en deux sur le devant avec une belle raie au milieu. Ils étaient en outre plaqués en deux bandeaux plats et légèrement arrondis. L’art de faire tenir la coiffe était donc lié à la manière de former le chignon derrière la tête.

Pour notre commune, le chignon était du type ovale à tresses. La chevelure était également séparée en deux derrière la tête. De chaque moitié, on formait une tresse partant très à l’arrière de la tête. Puis ces deux tresses se dirigeant l’une vers l’autre étaient épinglées en un ovale plat placé assez haut sur la nuque, au moyen de grosses épingles. Il ne restait plus qu’à poser la résille et le velours prolongé de ses tresses.