En 1854, en Loire-Inférieure, 4 communes vont être frappées par ce terrible fléau dont Saint-Jean de Boiseau. D’août à Novembre, 185 personnes succombèrent. En 1853 durant la même période il y eut 18 décès, en 1855 toujours durant ces 4 mois, 25 morts.


Que savait-on de la maladie à l’époque ?

Tout d’abord, il convient de spécifier que l’agent porteur de la maladie (vibrio cholerae) est inconnu à cette époque. Il ne sera découvert par Robert Koch qu’en 1883 en Egypte. Le Conseil de Salubrité du département qui pensait que les vapeurs de chlore étaient propres à neutraliser l’action de l’agent inconnu du choléra » avait pondu un document qui, traitant du sujet avec les connaissances de l’époque, préconisait (entre autres) les mesures suivantes :

« étendre sur des cordes qui traversent le lieu à désinfecter de vieux linges hors de service, mouillés d’eau chlorée » et de « mettre dans un vase creux et évasé, deux cuillerées à bouche de chlore de chaux sec, verser d’abord des sus une petite quantité d’eau, pour l’amener à l’état pâteux, délayer ensuite cette pâte, en ajoutant peu à peu un litre d’eau. On place ce vase au milieu de la chambre, après en avoir fermé les portes et les fenêtres : on agite de temps en temps la solution et quand on croit que tout le chlore est dégagé, on ouvre les portes et les fenêtres pour opérer une ventilation qui chasse l’odeur et permette le séjour dans ce lieu ». « Eviter autant que possible les vives émotions, tout ce qui agite l’âme et les sens ; tout ce qui énerve les forces, ne pas se livrer avec trop de suite ou d’ardeur aux travaux du cabinet, surtout dans les premiers temps de l’acte de la digestion » (mais oui, vous avez bien lu). « les seuls moyens d’assainissement et d’entretien des conditions de salubrité, consistent dans un facile et large renouvellement de l’air des habitations » « Renouveler l’air des chambres, des ateliers, les lieux quelconques habités en opérant une ventilation suffisante soit par l’ouverture des portes et des fenêtres opposées, soit par un tirage effectué par un feu clair de cheminée en prenant garde de se refroidir le corps pendant cette ventilation » « ne pas sortir à jeun, ne pas se livrer à des exercices violents, se garantir du froid et de l’humidité surtout les pieds, se munir d’une large ceinture de laine que l’on portera constamment et à nu ... être bien au chaud, couverture de laine bien chauffée, sachets remplis de sable fin, sels ou cendres très chaudes »

Les moyens mis en oeuvre pour combattre le mal :

Ce même Conseil de Salubrité que nous avons déjà évoqué classe les grandes mesures à prendre en 4 catégories : a ) Moyens d’assainissement des lieux et entretien des conditions de cette salubrité. b ) Instruction destinée à éclairer les propriétaires sur les soins de santé à prendre avant et pendant l’épidémie. c ) Assistance publique. d ) Isolement et séquestration des malades.

C’est surtout le point b) qui fera l’objet d’un développement important. C’est de lui que sont tirées les recommandations citées dans notre premier paragraphe. Le point d), bizarrement sera quasiment occulté puisque l’on trouve cette phrase : « mesure inutile et propre d’ailleurs à susciter des alarmes dangereuses, cependant la dissémination des familles indigentes lorsque l’un de leurs membres serait frappé de maladie, et que l’habitation serait encombrée ou mal aérée, serait toujours une mesure de la plus haute importance et dont l’efficacité ne saurait être contestée ».

L’exemple de Newcastle

Quelques années auparavant, cette ville d’Angleterre avait été victime du même drame. L’expérience n’allait pas être perdue pour tout le monde. Ainsi les médecins anglais avaient remarqué que les premiers symptômes de la maladie se manifestaient toujours par l’apparition de diarrhées qu’ils avaient qualifiées de prémonitoires. Ils avaient donc préconisé de visiter journellement « les demeures des pauvres et des ouvriers » pour vérifier si de tels phénomènes n’apparaissaient pas. Nantes reprit donc cette mesure et alla encore plus loin en spécifiant que chacun de ces médecins serait porteur de « bons pour médicaments à fournir aux cholériques ». Poussant encore plus dans le domaine social ils proposèrent « il est bien entendu que le prix en serait acquitté par l’administration » et que « les mesures préventives et curatives proposées par la ville de Nantes seraient autant que possible, étendues aux communes rurales ».

L’assistance publique

Une autre expérience récente incite cette commission à diversifier les lieux d’accueil pour freiner les phénomènes de contagion ainsi insiste-t-elle « sur la nécessité de tenir les salles des hôpitaux hors des conditions de l’encombrement ; car c’est à lui, peut-être, qu’il faudrait attribuer cette particularité signalée dans l’épidémie qui vient de sévir à Paris ; à savoir que la maladie s’est déclarée plus particulièrement dans les hôpitaux ; où l’influx épidémique trouve d’ailleurs, des sujets prédisposés par le mauvais état de leur santé ». Hélas, cette dernière mesure ne pourra pas être intégralement appliquée (sans doute par manque de moyens). Néanmoins plusieurs centres de soins "décentralisés" verront toutefois le jour.

Quelques anecdotes

Indret

A proximité immédiate de St Jean, se trouvait un établissement qui travaillait pour la Marine Nationale et qui disposait de son propre service de santé. Les Ponts et Chaussées s’aperçoivent alors que les nombreux dragages effectués en Loire ont mis à jour une couche de vase répandant des odeurs fort désagréables. Les premières mesures tombent immédiatement : 1°) Répandre une couche de sable sur les matières vaseuses qui proviennent du dragage. 2°) Défense aux ouvriers de boire l’eau de la Loire. 3°) Préparer des barriques contenant de l’eau saine et fraîche dans lesquelles sont ajoutés 2 litres d’eau de vie. .../...

De l’usage des boissons alccolisées

Le docteur Bonamy qui, avec d’autres, s’est réellement fort démené pour combattre le fléau écrira : « L’envoi fait à titre de dons, par un homme charitable de notre ville, Mr Baudot, marchand de vins et marchand de draps, place Royale, d’un panier de bon et vieux vin de Bordeaux, a été très avantageux pour les malades et les convalescents ». Comme quoi toutes les bonnes volontés sont bien accueillies ! Alors que 17 ans auparavant, ce même Conseil écrivait à propos des boissons alcoolisées (vin et eau-de-vie) que « l’abus a été reconnu partout comme une des causes les plus puissantes et les plus manifestes parmi celles qui peuvent occasionner le choléra épidémique ».

Les causes de cette épidémie :

Elles sont difficiles à déterminer, néanmoins une raison fortement aggravante est bien connue. Notre commune avait la particularité de la fabrication des courtines (nattes de roseaux tressés). Cette fabrication produisait de très gros déchets végétaux que les habitants laissaient à pourrir un peu partout dans la localité, y compris dans les rues devant leurs portes. Plusieurs médecins qui vinrent spécialement sur place pour déterminer les origines du fléau seront unanimes sur les circonstances qui accentuèrent le phénomène : « des réformes urgentes et très importantes à faire exécuter sous le point de vue hygiénique ... » « Faire enlever les fumiers qui encombrent les rues dans les villages, assurer le libre écoulement des eaux » « Empêcher qu’aucune ordure, aucun débris de végétaux ou d’animaux ne soit jeté sur la voie publique, exiger que les selles des dysentériques soient enterrées »

Quelques chiffres :

185 personnes décédèrent durant cette période de quatre mois, il y eut jusqu’à 7 décès dans une même journée. Ce sont incontestablement les femmes et les enfants qui souffrirent le plus de cette épidémie. Les hommes qui allaient aux champs ou à l’usine dans la journée échappaient davantage aux risques de contagion. 32 hommes, 73 femmes et 80 enfants (dont 66 de moins de 10 ans) succombèrent ainsi. Certaines familles furent décimées et déplorèrent la perte de 6 enfants.