Le retable de l’église Saint-Jean-Baptiste

samedi 10 février 2018, par Carmela Pesquer


L’original est l’œuvre de François Lemoyne (1688-1737), peintre de renom, grand prix de Rome en 1711, membre de l’Académie Royale de peinture et de sculpture. Louis XV lui confia en 1732 la décoration du salon d’Hercule à Versailles. Peu de temps après, il fut officiellement nommé premier peintre du roi Louis XV. Quelques-unes de ses œuvres sont actuellement conservées à la cathédrale de Sens, à l’église de St-Eustache de Paris ainsi qu’au Louvre. Le tableau acheté par l’abbé Yves-Jean-Louis Pilard a probablement été réalisé par des élèves du maître comme cela se pratiquait fréquemment. Celui qui se trouvait à Saint-Jean était dépourvu de la partie haute avec les angelots. C’est peut-être pour cela que sur la voute du chœur se trouvait une peinture à l’huile sur toile qui présentait des angelots en cercle autour d’un nuage. Lors de la réfection de l’intérieur de l’église dans les années 1920, il fallut un litre d’eau de vie pour nettoyer la suie des cierges qui l’obscurcissait. A cette occasion l’on constata que les dorures étaient faites à l’or fin et qu’il suffisait de les nettoyer avec un chiffon pour redonner leur éclat. (Témoignage de Félix Lebreton). En 1965, lors du concile Vatican II, les 2500 évêques réunies à Rome décident de s’ouvrir au monde moderne en abolissant le décorum qui existe dans les églises et dans la pratique religieuse. Ces recommandations du Haut Clergé sont aussitôt mises en pratique à Saint-Jean-de-Boiseau par le curé Rucher. Outre la Sainte-Table, les confessionnaux et la chaire, il considère que le tableau restauré 40 ans plus avant est trop abimé et ne présente plus aucun intérêt. Le pauvre Saint-Jean-Baptiste était devenu tout noir. Plutôt que de s’entourer de conseillers, le curé décida de le bruler. Il faut dire que le recteur avait un fort caractère et admettait difficilement la contestation. Dommage, mais à l’époque on n’attachait pas autant d’importance au patrimoine culturel. Pour remplacer le tableau détruit, il demanda à l’un de ses paroissiens, connu pour ses talents d’artiste peintre, d’en faire un nouveau rappelant l’ancien. C’est Marcel Denaud de Boiseau qui va s’atteler à cette commande au printemps 1956. Sur une grande planche de bois aux dimensions du cadre heureusement récupéré, il va représenter Saint-Jean-Baptiste dans la même attitude, doigt levé mais au bord du Jourdain. Pour lui servir de modèle il va faire appel à un membre de la société locale : l’Alerte. A cette époque, Thérèse Herfray participe à divers travaux pour la société en compagnie de Mme Denaud. Cette dernière lui indique lors d’une conversation que son mari recherche un homme jeune et athlétique pour faire Saint-Jean-Baptiste et servir de modèle …de fil en aiguille.. C’est Joseph, le mari de Thérèse qui servira de cobaye. JoJo se souvient : Nous étions en mars- avril et chaque fois que M.Denaud avait besoin de moi pour son tableau, il me faisait venir au fond de son jardin. J’enfilai un short et un polo et je prenais la pose avec un bras droit en l’air un doigt pointé vers le ciel. Comme s’était très fatigant, il m’avait donné un grand bâton que je tenais dans la main gauche et sur lequel je pouvais m’appuyer pour me détendre. Sur le tableau je ne reconnais que mes jambes de cycliste et mon torse velu. Contrairement au portrait je n’avais pas de barbe et j’étais moins grand. Lorsque le tableau a été fini, il y a eu une grande cérémonie à l’église, mais moi, depuis plus d’un mois j’avais quitté, à mon grand regret, Saint-Jean-de-Boiseau. J’avais été rappelé pour partir en Algérie. Une triste période et Thérèse fut très émue lors de la cérémonie. Sur le tableau, M. Denaud a commis une grosse erreur. Il montre le soleil levant sur le côté droit du Jourdain, ce qui est impossible compte tenu de la position géographique du fleuve. Mais M.Denaud n’avait jamais mis les pieds en Israël. (Témoignage de Joseph Herfray) Annexe 1 Yves-Jean-Louis-Pilard Il est né à Campbon le 8 mars 1762 et a débuté comme vicaire à Saint-Jean-de-Corcoué en 1789, au tout début de la Révolution. Objet d’une enquête, parce qu’il n’a pas encore prêté le serment à la République, il est alors menacé de ne plus percevoir son traitement tant qu’il n’aura pas satisfait à cette exigence. Il va rester à son poste jusqu’en 1791. Il pratique ensuite son sacerdoce dans la clandestinité. Il est signalé comme remariant les époux à Saint-Jean-de-Corcoué dans une lettre de dénonciation auprès du commissaire de la République ( lettre du 11 prairial an X). Après le Concordat, il retrouve son poste de curé à Saint-Jean-de-Corcoué jusqu’en 1803. Démissionnaire en 1804, il devient vicaire à Saint-Similien à Nantes. Il y reste jusqu’en 1807 pour venir comme curé à Saint-Jean-de-Boiseau après avoir été choisi par l’évêque de Nantes, Monseigneur Duvoisin. Agé de 45 ans, il en fait beaucoup plus. Son intronisation dans sa nouvelle paroisse, le 1er mai 1807, nous est rapportée dans la semaine catholique. Il est installé dans sa fonction par M. Leroux, alors curé de Notre-Dame-de-Chézine à Nantes (maintenant Notre-Dame-de-Bon-Port) et qui sera lui aussi curé de Saint-Jean-de-Boiseau en 1819. Sont également présents à cette cérémonie les pasteurs des environs : Soret, curé du Pellerin, Robert de Chantenay curé de Bouguenais, Michelot d’Indre, Charrier de Saint-Herblain, Banchais de Couëron, Monnier de Port-Saint-Père, Métayer de Sainte-Pazanne, Dubois de Brains et Loiret aumônier de l’hôpital de Paimboeuf. Le premier acte du nouveau pasteur sera la bénédiction d’une croix à la Clotais. Cette croix à disparue en 1876. Dès son arrivé, il succède à l’ancien curé Jean Berthomé, comme président de la Fabrique. Hélas, sa santé s’altère assez vite et il décède dans le prieuré le 20 novembre 1810. Dans son testament, il laisse, à la paroisse, les tableaux qu’il avait achetés, dont le Saint-Jean-Baptiste et un tableau de Sainte-Catherine placé dans la nef. Ce tableau à lui aussi disparu. . Malgré son court séjour à Saint-Jean-de-Boiseau, ses paroissiens le considérèrent comme un Saint-homme. Beaucoup d’entre-eux iront régulièrement prier sur sa tombe. Ses restes seront transportés dans le nouveau cimetière de Saint-Jean-de-Boiseau avec ceux du curé Leroux en 1862. Une collecte fut faite pour leur ériger un tombeau auprès de la croix où ils reposent toujours. Dans les années 1870, leur culte était encore très pratiqué par les paroissiens. Aujourd’hui, le tombeau du curé Pilard n’est plus identifiable faute d’entretien comme beaucoup d’autres dans la partie haute du cimetière. L’oubli et le temps ont fait leur œuvre. Heureusement, les écrits nous restituent les faits et les évènements d’un passé pourtant pas si lointain mais l’évolution des mœurs et des techniques nous projette à des années lumières de ce monde révolu.

Portfolio