Anecdotes sur la chapelle

Une fugue bien organisée....

Il y a fort longtemps, peut être au début du XIX siècle, à la veillée, au bourg de St Jean, un groupe d’hommes et de femmes était réuni, éclairé par l’âtre rougeoyant et par une chandelle de résine fichée dans son support extensible. Tous s’affairaient à confectionner des courtines.


JPEG - 36.2 ko

Une fugue bien organisée

Il y a fort longtemps, peut être au début du XIX siècle, à la veillée, au bourg de St Jean, un groupe d’hommes et de femmes était réuni, éclairé par l’âtre rougeoyant et par une chandelle de résine fichée dans son support extensible. Tous s’affairaient à confectionner des courtines.

Soudain, une des jeunes filles présentes, déclare : « Je parie mon cotillon brodé d’aller ce soir à minuit sonner la cloche de la chapelle de Bethléem !! De tout temps, les abords de la chapelle, éloignés de toute habitation, entourés de collines boisées et sombres, ont été sinistres. Au début du siècle, l’Echo de Paimboeuf relate l’attaque à main armée dont fut victime l’herbager PORCHET, maire de St Jean de Boiseau, qui se rendait à la foire, tôt le matin.

Enfin, pari tenu ; mais le lendemain matin on ne retrouvé de la jeune fille qu’une poignée de cheveux attachée à la corde de la cloche.

La narratrice de conclure, pour les oreilles jeunes : « ne pariez jamais, il y a toujours un sot et un menteur » et pour les adultes, en apartés : « la fille avait sans doute profité de cette ruse pour lever le pied avec un galant qui l’attendait là ».

Pour les mécréants

Il y a bien longtemps, l’été avait été particulièrement sec, les prés arides sous la brûlure du soleil, les breuvats et mares depuis longtemps vides et le bétail amaigri souffraient de cette terrible sécheresse. Pas la moindre ondée pour permettre de planter des choux. C’était la catastrophe pour les terriens éloignés des rives verdoyantes de la Loire.

Devant cette calamité on convint (peut-être de Ste Pazanne ( ?)) de venir implorer la vierge de Bethléem, à St Jean, en procession, avec cantiques et chapelets.

Après les dévotions à Notre Dame, on plongea des hampes des croix et bannières dans la fontaine, au sud de la Chapelle, avant de repartir.

Miracle ! sur le chemin du retour, un orage éclate et tous les processionnaires furent trempés jusqu’aux os.

Pour marcher avant son premier anniversaire

La Vierge de Bethleem a de tout temps été l’objet de vœux et de demandes de grâces plus ou moins profanes, ainsi qu’une témoignent les ex-voto remontant au XVIIe siècle, gravés dans le tuffeau, autour de la niche, aujourd’hui vide, au-dessus de la fontaine miraculeuse.

Les filles de la Télindière qui avaient le privilège de fleurir la chapelle et ses abords lors des processions paroissiales du mardi de Pâques (autrefois fête patronale (1) en concurrence avec le 14 juillet républicain), de la Fête Dieu et du 15 août (vœu de Louis XIII), devaient demander à la Vierge de leur trouver un mari.

Mais il est une coutume qui se perpétuera jusque dans les années 60 (Vatican II). Si l’autel majeur était surmonté d’une petite vierge (aujourd’hui dans le chœur de l’église paroissiale) habillée dans années 30 d’un superbe manteau bleu, celui de la chapelle latérale bénéficiait de pouvoirs surnaturels particuliers. Lors des processions mentionnées ci-dessus, on faisait la queue pour y rouler les poupons emmaillotés et hurlants, afin qu’ils marchent avant leur premier anniversaire.

De St Jean, de La Montagne, même du Pellerin, personne de manquait à cette pratique, qui, il faut bien cependant l’avouer, diminuait au fil des ans.

Les noces des romanichels

Du temps où les romanichels circulaient de bourgs en bourgs dans leur roulotte tirée par des chevais, ils avaient l’habitude de stationner sur l’aire désaffectée de la carrière de Bethléem, près de la chapelle. Leur halte, déclarée en mairie, ne devait pas excéder 24 heures ( ?). Ce court délai était mis à profit pour faire paître les attelages en bordure de route ou sur les communs. Les hommes, qui faisaient parfois commerce de chevaux, restaient autour des roulottes, gardant les enfants et tressant l’osier. Les femmes parcouraient les villages proposant les paniers confectionnés par leurs maris, ou la bonne aventure, en échange de pommes de terre, lait, beurre et même volailles, qu’elles essayaient d’obtenir au meilleur compte. Toujours par deux (comme les sœurs quêteuses, mais pas pour les mêmes raisons) elles étaient vêtues de longs et amples cotillons, dissimulant sans doute des poches receleuses dans leurs replis. Par contre, le corsage largement ouvert des plus jeunes, aguichant les benêts qui s’y laissaient prendre et servait aussi à faire disparaître les objets chapardés

Le teint basané, souvent profondément ridés, différents dans leurs costumes, leur mode de vie, leur échelle de valeurs morales, les romanichels n’attiraient pas la sympathie de la population autochtone. Dès qu’ils étaient annoncés, les portes se fermaient.

Or, un jour, les gitans célébraient dans la carrière de Bethléem, le mariage de l’un des leurs. Les époux n’étaient sûrement pas passés ni à la mairie ni à l’église, mais un repas nuptial réunissait plusieurs familles autour d’un grand plat de lait caillé dont les tziganes ont le secret.

Les gosses de la Télindière qui du haut de la colline épiaient les préparatifs du repas, eurent l’idée sacrilège de jeter une grosse pierre dans le plat de noces. Ce fut comme un coup de bâton dans un nid de guêpes. Aussitôt nos romanichels se répandirent dans le bourg et dans la Télindière pour retrouver les coupables et se venger. Ce fut la panique, tout le monde se calfeutrait dans sa maison jusqu’au soir. Le lendemain, les romanichels reprenaient leur vie errante, mais l’alerte avait été chaude.

Felix LEBRETON Anecdotes racontées par ma grand-mère